Escale au lac de Tonlé Sap

Le lac du Tonlé Sap, le plus grand lac d’Asie du Sud Est! Nous ne pouvions pas passer à côté alors que nous étions si près en venant de Siem Reap (la ville proche d’Angkor). Mais comment y aller? Et qu’y faire ? Après quelques recherches, nous nous sommes décidés à faire une escale d’une nuit près du lac.

Nous avions vu plusieurs options. Il y a deux villages, dits villages flottants, qui sont proches de Siem Reap : Chong Kneas et Kampong Phluk. Malheureusement, pour le premier du moins, nous avons lu pas mal d’histoires sur des arnaques qui ciblaient les touristes (par exemple l’achat de fournitures scolaires à un prix exorbitant pour ensuite les remettre en main propre aux enfants).

Alors pour nous, une bonne solution consistait à s’éloigner un peu de Siem Reap, et pour cela, nous préférions trouver un hébergement directement dans le village que nous allions visiter. En cherchant très brièvement sur Google Maps, nous avons trouvé un seul endroit correspondant à cette envie et c’était dans le village de Kampong Khleang.

L’hôte ne pouvait être contacté que par Facebook et nous nous sommes empressés de lui envoyer notre demande et de lui demander de nous aider pour le transport. Il a été super réactif. Il nous a réservé un taxi depuis notre logement à Siem Reap (35$ pour une bonne heure de voiture), nous a communiqué tous les détails nécessaires: 10$ par personne pour l’hébergement, les repas midi et soir à 5$ et le petit déjeuner à 2$. Vu que le lieu est un peu reculé, cela nous semble raisonnable. Et au niveau réactivité et service, chapeau bas ! Allons y, let’s go! (Nous apprendrons par la suite que la Guest House était sur Booking)

Le lendemain matin, le chauffeur de taxi nous attend en bas de notre résidence, en avance! Les Cambodgiens sont décidément très forts! Nous quittons Siem Reap, et nous nous dirigeons vers le village de Kampong Khlean. La route goudronnée laisse la place aux chemins en terre et nous voyons nos premières maisons sur HAUTS pilotis.

Mauvaise surprise, il nous faut payer une écotaxe (pas bien sûre que le terme éco réfère à l’écologie, vous vous en rendrez compte en voyant les photos), pour pouvoir entrer dans le village. 5$ par personne qui partent sans prévenir !

Nous arrivons dans un décor comme je n’en ai jamais vu ! La vie s’organise autour d’une rivière qui se jette dans le Tonlé Sap. Notre hébergement est tout simplement une grande salle commune avec des lits disposés les uns à côté des autres et un voile pour toute cloison. On nous propose à boire et nous prenons notre thé sur la terrasse avec vue sur les autres maisons sur pilotis. Un petit chat vient nous saluer. Il est encore tout jeune et vient d’adopter mon sac et ses lanières comme nouveau jouet.

Nous faisons la rencontre avec la famille et leur petit garçon joue un peu avec nous. Puis pour lui c’est l’heure de la sieste alors il est placé dans un hamac pour être bercé. Il finit par s’endormir.

Deux autres invités sont également présents. Ils se présentent: ce sont deux photographes professionnels, un suisse, Zalmai, et un cambodgien, Rounry . Ils ont pris leurs premières photos en arrivant ce matin et en prendront encore cette après midi. Pour le suisse, il y a deux tranches horaires acceptables pour les photos : de 6h à 9h du matin et de 15h à 18h. C’est noté! En attendant, même si nous ne sommes pas dans la bonne tranche horaire et qu’il fait chaud, nous allons faire un tour dans le village, voir un peu ce qu’il s’y passe.

De l’autre côté du pont, nous trouvons un petit embarcadère d’où nous pouvons prendre un bateau, rien que pour nous, pour 15$ par personne. Il nous emmènera voir la partie du village avec les maisons flottantes ! Ce sera une bonne petite ballade digestive après le déjeuner. Contents d’avoir mis au point notre plan pour le reste de la journée, nous déambulons dans le village.

Là, ce sont des enfants qui nous sourient et nous disent « Hi! », là ce sont des personnes plus âgées qui nous invitent à nous asseoir à côté d’elles pour quelques instants, là les chiots et les enfants jouent ensemble, et les mamans s’amusent devant notre attendrissement. Nous gardons un souvenir plein de joie de ce bref moment.

Nous rejoignons le logement, l’appel du ventre se faisant sentir. Nous nous attendons à manger du poisson, puisqu’on nous a demandé si nous aimions cela, et là, lorsque les plats arrivent, c’est le drame! (pas tant pour moi, plutôt pour Hicham) On nous sert bien du poisson, mais il est dans une soupe, et le plat principal, par contre, c’est du porc. Hicham n’en mange pas. Heureusement, après en avoir parlé, on nous propose quelques légumes pour remplacer cela. C’est gentil!

Après le repas, direction le lac et le village flottant par bateau. Comme d’habitude, c’est bruyant, mais qu’est ce que c’est dépaysant ! Nous entrons réellement dans un autre monde ! Les pêcheurs placent leurs filets dans la rivière, des embarcations filent comme des flèches vers le lac, les familles dans leurs maisons se savonnent et se jettent dans le lac pour se rincer.

Toute la vie tourne autour du lac et c’est réellement captivant. Il y a même une école flottante !

Toutefois la beauté des lieux et le dépaysement mis de côté, nous nous rendons compte que métier de pécheur est très difficile, nous les voyons plonger et installer des filets toute la journée. Physiquement éreintant mais surtout à quelle prix, la pêche n’est pas l’activité la plus lucrative et cela se voit dans l’état dans lequel est la ville et dans quelle condition vivent les habitants. La vie y est dure malgré les sourires permanents des villageois. Notre petite taxe pour touriste que nous avions payé à l’entrée semble d’un seul coup dérisoire.

Après être ressorti dans le village et avoir pris quelques photos supplémentaires au moment où le soleil descend dans le ciel, nous rentrons en tout cas heureux de cette excursion.

Le soir, nous mangeons un bon repas et partons nous coucher. Demain, direction Phnom Penh en bus (tuk tuk à 8$ pour rejoindre la route principale, puis 10$ par personne en bus). Que l’aventure continue !

Phnom Penh : dans la prison des khmers rouges

Vous avez peut-être entendu parler de l’histoire, assez récente tout de même, et dramatique du Cambodge. Il y a de cela une trentaine d’année, le pays était sous la coupe du régime des khmers rouges et de son terrible dictateur Pol Pot. Alors, le voyage, c’est aussi cela : se plonger dans l’histoire, même si elle est terrifiante. Et ici, nous parlons bien de cela : un régime mené par un dictateur paranoïaque, qui a mené à la mort un quart des habitants du pays qu’il dirige, tout cela en moins de quatre ans.

Un témoignage édifiant de cette partie de l’histoire, se trouve dans le sein même de Phnom Penh, et il s’agit du centre de détention S-21 (musée du génocide de Tuol Sleng). C’est un bâtiment qui était autrefois une école, et lors de la visite, on peut encore s’imaginer les salles de classes. Il a ensuite été transformé en prison. Entre 12000 et 20000 personnes y furent emprisonnées, et seulement 12 en sont ressorties vivantes.

En 1974, lorsque les khmers rouges ont atteint Phnom Penh, la foule était en liesse, persuadée que cela signait la fin de la guerre civile dans le pays. Après avoir été accueilli en héro, le premier ordre donné par les khmers rouges aux habitants a été de quitter la ville. La raison donnée, qui pouvait pousser tous les habitants à partir : l’arrivée imminente de bombardements américains. Alors, tous les habitants, même les malades, ont été évacués vers la campagne. Ce qu’ils pensaient être une escapade de quelques jours durera en réalité plusieurs années. Le but : rééduquer les citadins au travail de la terre, qui apporte de vraies valeurs selon le régime. Le programme est charmant : obligation de travailler, de trois heures du matin à dix heures du soir, avec une seule pause d’une demi-heure. La nourriture est servie en quantité très faible. Même cueillir une mangue peut s’avérer être perçu comme une trahison et vous valoir… la prison. Et des prisons, il y en a : pas moins de 200 centres ont été répertoriés, pour enfermer les opposants au régime, à l’Angkar : « l’organisation », et les intellectuels ! Ah ça, les khmers rouges détestent les intellectuels ! Ingénieurs, médecins, personnes qui portent des lunettes !!! Ils étaient systématiquement exécutés.

Le centre de détention S-21 à Phnom Penh emprisonne donc ces personnes, qui souvent, ne savent même pas quelle faute elles avaient commise, et sont donc dans l’incompréhension la plus totale ! Les rares habitants dans les environs de la prison la surnomme « Le lieu où l’on rentre, mais d’où l’on ne sort pas ». Elle est dirigée par le Camarade Duch, qui sera jugé en 2009 (2012), et condamné à perpétuité.

Sa visite aujourd’hui permet de s’imaginer la vie des prisonniers (ou devrais-je dire, condamnés à mort ?) dans la prison. Lorsqu’ils arrivent, ils sont dépouillés de leurs affaires et obligés de rester en sous vêtements. On leur donne un matricule associé à leur date d’entrée dans la prison. Ils sont enfermés dans des cellules : soit individuelles (une surface de même pas 2m²), soit collectives et alors ils sont enchaînés aux autres prisonniers et tenus de former une ligne droite à l’aide d’une barre en fer qui est insérée dans les chaînes. Faire leurs besoins ? Ce sera dans une bouteille, et pas question d’en mettre à côté, sinon il faudra lécher le sol. Prendre une douche ? Un grand jet d’eau à travers les barreaux de la cellule suffira ! Il y a ainsi des prisonniers qui sont trempés jusqu’à leur caleçon et d’autres qui n’ont pas reçu une goutte d’eau. Et puis le sol est trempé, mais c’est pourtant bien là qu’il faut essayer de dormir, alors on éponge avec les caleçons qu’on a sous la main. Vous imaginez bien qu’alors, beaucoup de prisonniers ont des infections de la peau et commencent à tomber malades.

Et après tout ce descriptif, nous n’avons toujours pas répondu à la question : mais pourquoi sont-ils enfermés ? Eh bien pour être torturés. Et pourquoi cela ? Eh bien pour écrire des aveux sur leur opposition au régime et donner des noms d’éventuels complices. Est-ce le cas ou non ? La recherche de la vérité n’est pas le plus important. C’est ainsi que des prisonniers confessent… n’importe quoi : oui, bien sûr qu’ils travaillent pour la CIA, pour l’ennemi, pour qui ils veulent. Ils espèrent simplement être relâchés.

Les techniques de tortures sont variées. Comme nous sommes dans une ancienne école, certains équipements scolaires sont convertis en instruments de tortures : par exemple un portique qui servait au sport est maintenant renommer « la potence » : le prisonnier a les mains liées dans le dos avec une corde qui le hisse et le descend le long du portique. Lorsque, sous la douleur, le prisonnier s’évanouit, on le fait reprendre ses esprits en lui plongeant la tête dans une jarre remplie d’eau putride et d’excréments.

D’autres tortures, comme l’arrachage des ongles, la « fausse » noyade, le fouet sont aussi pratiqués.

Mais attention, il ne faut pas que le prisonnier meurt sans avoir confessé. Alors des « infirmiers » sont chargés d’intervenir lorsque le prisonnier est à bout. Et comme tous les vrais médecins ont été faits prisonniers, torturés puis tués, et bien ce n’est pas à coup de médicaments que l’on cherche à guérir, mais plutôt en aspergeant l’individu d’eau salée qui coulent le long des plaies. Je vous laisse imaginer la douleur.

De tous ces prisonniers, il y en a certains dont l’histoire nous est parvenue.

Par exemple celle de Kerry Hamill, un néo-zélandais qui a eu le malheur, alors qu’il était en voyage de pénétrer les eaux territoriales du Cambodge avec son bateau. Emprisonné à S-21, ses confessions sont un témoignage poignant : il a par exemple indiqué à ses tortionnaires que son supérieur était le Colonel Sanders, de Kentucky Fried Chicken Fame (kFC), une chaîne populaire de restaurants. Il a aussi utilisé son numéro de téléphone fixe comme numéro d’opération de la CIA, et a mentionné plusieurs amis de la famille comme membres supposés de la CIA.

Un autre témoignage est celui d’une femme, dont la photo est restée célèbre, et un emblème des victimes des khmers rouges. Il s’agit de Bophana. C’était une jeune femme, finalement très malchanceuse. Elle était belle, avait la peau assez blanche et était un peu éduquée. Alors qu’elle était assignée au travail forcé, elle croisa le chemin d’un jeune cadre khmer rouge. Ce fut le coup de foudre, et peu de temps après, le mariage fut célébré. Mais l’officier devait rejoindre l’endroit où il avait été assigné. Alors, le jeune couple dût se séparer. L’erreur fut l’écriture de lettres d’amour entre les deux jeunes mariés. Leur communication fut interceptée par un coup de malchance, et alors que Bophana devait rejoindre son bien-aimé, elle fut arrêtée, en même temps que lui, et emprisonnée à S-21. (l’envoi de lettres personnelles était interdit, les gens ne devant plus avoir de personnalité propre, puisqu’ils faisaient tous partie d’un dessein plus grand, l’angkar et la révolution)

Il y a de nombreux autres témoignages bouleversants : la mère qui pose avec son bébé pour être prise en photo juste avant que celui-ci ne lui soit arraché, l’enfant rescapé qui voit sa mère déshumanisée à son entrée en prison. Et finalement… Finalement, ils seront tous exécutés dans des champs d’exécution. Mais une balle coûte bien trop chère pour un prisonnier, alors l’exécution se fera à coup de pioches, de pelles ou de rondins de bois sur le crâne.

Lorsque les Vietnamiens viendront libérer le pays, si on peut dire, les khmers rouges exécuteront directement dans des cellule les quatorze derniers prisonniers. Ceux ci ne pourront être identifiés et seront incinérés. Leurs cendres sont déposées dans quatorze tombes que nous pouvons voir à l’entrée. Un monument dédié aux victimes des khmers rouges est également présent à l’extérieur. Au-delà d’un simple mémorial, c’est aussi un avertissement à toutes les générations futures, pour qu’un tel drame ne se reproduise pas.

De la Thaïlande vers le Cambodge

Pour le passage d’un pays à un autre, nous nous imposons un peu de challenge : nous ne prendrons pas l’avion mais passerons par une des frontières terrestres !

Alors un peu de challenge, pourquoi ? C’est une question raisonnable, puisque prendre l’avion n’est pas non plus forcément facile : il faut arriver deux heures à l’avance, faire l’enregistrement des bagages, le passage de l’immigration, et patienter en attendant que l’avion arrive, embarquer, décoller, atterrir, et faire les procédures pour entrer dans le nouveau pays. Oui, mais… Quand le pays dans lequel on arrive demande un visa, l’avion a cela de bien qu’il permet la plupart du temps de faire les procédures en lignes, sous la forme d’un e-visa. Et dans le cas d’une frontière terrestre, un e-visa n’est pas toujours accepté.

En l’occurrence, pour celle que nous avons décidé de passer, ce n’est pas le cas ! Il s’agit de la frontière au nord du Cambodge : Chong Chom-O’Smach, à un peu plus d’une centaine de kilomètres de Siem Reap, ville voisine des temples d’Angkor.

Alors c’est stressant, et ça l’est pour plusieurs raisons : la première est que nous espérons que le fonctionnaire qui va nous accueillir n’essaiera pas de nous coincer et de nous demander plus de sous qu’il n’en faut. Nous avons vérifié, normalement c’est 35$ (et même en vérifiant il y a confusion : France Diplomatie l’affiche à 30$, mais ce dernier nous redirige vers le site de l’ambassade qui le donne à 35$).

La seconde, c’est l’autre côté ! Eh oui, si la frontière est bien desservie côté thaïlandais, c’est une autre paire de manches du côté cambodgien. Certain forum indique qu’il n’y a pas de bus, d’autre parle de taxi, d’autre de stop… Alors, clairement, on croise les doigts pour que quelqu’un soit là pour nous transporter jusque Siem Reap !

Le jour choisi, nous partons tôt de Surin en minibus (ce n’était pas cher : 90 bahts pour nous deux), pour aller jusqu’au poste frontière de Chong Chom. Là, nous passons à pied et la sortie de Thaïlande est très facile. On nous tamponne nos passeport, et tout est bon. Ensuite, il faut trouver le bureau d’entrée au Cambodge. On nous fait signe, et nous montre la route, c’est facile aussi. On remplit nos formulaires d’entrée avec nos informations personnelles, et vient le moment de payer. Nous nous attendons au pire… Mais non, nous nous sommes montés la tête pour rien et le prix demandé correspond à celui attendu.

Nous sortons, soulagés, et nous dirigeons vers la route extérieure. Mais là, une personne (en habits militaires) nous crie dessus : « Vous ne m’entendez pas quand je vous dis de venir par là ? » « Euh… Non désolés. » Je ne suis pas sûre que les excuses aient été acceptées, mais bon… Nous ne comprenons pas, mais il nous faut à nouveau remplir un formulaire. On m’avait donné un stylo rouge pour cela, mais non, la personne en question décidément très énervée, n’est pas d’accord avec cette couleur et me fait recommencer. Tout va bien, ça va aller !

Enfin, nous sortons, nous voilà au Cambodge !

Nous n’avons pas fait trois pas dehors qu’un gérant de taxis s’avance à notre rencontre. Il a déjà trois personnes et il lui en faut encore 2 pour compléter son taxi. Si nous montons avec lui, ce sera 15$ chacun, nous partons immédiatement, . C’est trop beau pour être vrai. Et effectivement, ça l’ait. Des trois personnes qui devaient monter avec nous, deux sont coincer car leur passeport n’est plus valide ! Alors qu’elles sont cambodgiennes ! Alors, on attend, longtemps. Elles ne nous rejoindront jamais, une quatrième personne s’étant présentée. Nous prenons enfin la route, direction Siem Reap !

Sur les trois arguments du gérant de taxi : partance immédiate, prix bon marché, et dépôt devant notre hébergement, seul le prix sera resté fixe. Nous devrons prendre un tuk tuk pour nous emmener jusqu’à notre logement !

Il n’empêche qu’on est drôlement fiers, on a passé la frontière !