Pushkar : sa légende, ses temples et son arnaque.…

La légende de Pushkar

Pushkar est une ville sacrée. C’est un haut lieu de pèlerinage hindou qui compte plusieurs centaines de temples. Mais ce qui fait la particularité de Pushkar c’est son lac et son temple dédié à Brahma.

Il n’est censé y avoir en Inde qu’un seul temple dédié à Brahma, le dieu créateur, et l’explication se trouve dans la légende qui lie Brahma, Pushkar et son lac. Ne connaissant rien de l’hindouisme avant d’arriver sur ce côté-ci de la planète, je vais m’efforcer de ne pas raconter trop de bêtises. J’ai essayé de recouper ce que l’on nous a raconté avec des articles sur internet (les livres c’est moins facile à trouver). C’est une légende parmi d’autre.

Cette légende raconte qu’un démon, Vajranabha attaque les enfants de Brahma. Pour le vaincre Brahma se sert de son arme : un Lotus bleu. En battant Vajranabha, des pétales de lotus tombent sur Terre et donnent ainsi naissance à trois lacs : le plus grand est le fameux lac de Pushkar.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Brahma descend alors sur Terre et décide de réaliser le yajna, un rituel hindou, dans ce lac. Sauf que pour le faire, il a besoin de sa femme Savitri.

Cette dernière est malheureusement retardée, pour une raison que je n’ai pas comprise, mais en tout cas elle ne peut pas être là à temps. Brahma demande alors aux dieux de lui en trouver une qui convient pour l’épouser et accomplir le rituel. Gayatri, une paysanne de Pushkar si j’ai bien compris est désignée : Brahma l’épouse.

Brahma termine alors le rituel, sa nouvelle femme Gayatri à ses cotés lorsque Savitri arrive enfin. Furieuse devant cette scène, elle maudit Brahma et le condamne à ne plus être vénéré nulle part ailleurs qu’à Pushkar.

C’est pour cela que le lac est sacré et qu’il y a exceptionnellement un temple de Brahma à Pushkar.

Voilà, j’aime bien cette histoire. Il y en a beaucoup sur l’origine du lac, avec d’autres personnages et tout. Le temple est bondé dans la journée et même le soir. Cette foule se retrouve aussi au lac pour s’y baigner afin de se purifier, cela fait aussi partie du pèlerinage.

Pour les autres temples, je n’ai pas retenu grand-chose au final. On est allé au temple de Savitri, au sommet d’un magnifique colline, où les pèlerins peuvent monter à pied (les marches ne sont clairement pas de taille standard !) ou en téléphérique. Je me souviens juste qu’il y avait plein de singes menaçants que j’essayais de prendre en photo. Mon appareil m’a lâché à ce temple justement, j’étais plus préoccupé par ça. Dommage, le soir nous allions voir les danses traditionnelles.

La danse traditionnelle

Un soir sur deux, ou tous les soirs je ne me souviens plus, il y avait dans le vieux temple de Rangji un spectacle de danse traditionnelle. Gros coup de cœur. Les danses sont très belles et très techniques. Rien à voir avec les danses de Bollywood, celles-ci étaient religieuses : elles représentaient des combats de dieux hindous et d’autres scènes de leur vie, il n’y avait pas de sous titres c’était un peu dur de comprendre ce qu’il se passait.

Elles dansent avec leur corps, certes, mais aussi avec leurs doigts et leurs yeux. Leurs chorégraphies étaient longues mais pas répétitives, et surtout les danseuses restent synchronisées sur des musiques d’un quart d’heure, voire une demi-heure ! C’était trop bien. Par contre comme tous les sièges étaient pris on était par terre près des enceintes. Et en Inde ils n’hésiteront jamais à mettre à fond. A partir de ce jour on avait quasiment tout le temps des bouchons dans nos sacs.

Voilà un petit exemple des danses, désolé pour la qualité du son :

L’arnaque du lac

Franchement aller en Inde et ne pas se faire avoir au moins une fois c’est pas terrible. Je plaisante. Alors, l’arnaque du lac, ou encore le « Passeport de Pushkar » qu’est-ce que c’est ?

Nous voulons visiter le lac, voir justement les pèlerins en train de prier et de se purifier, si c’est autorisé pour les visiteurs et non hindou. Pour cela qu’un moyen de le savoir, y aller et si ce n’est pas autorisé, demi-tour. Normal.

Le lac est entièrement entouré d’énormes rangées d’escaliers, des gaths. Nous prenons ces marches et nous voyons les indiens retirer leurs chaussures en descendant et les laisser sur les escaliers. On se met alors pieds nus nous aussi. J’avoue, si ça n’avait pas été obligé, je ne l’aurais jamais fait en Inde. Ok avec les mosquées t’as l’habitude de te mettre pieds nus mais y’a de la moquette.Mais bon, en Inde, tu dois regarder où tu marches. Faut pas oublier que les vaches sont sacrées et qu’elles circulent partout, que les offrandes sont souvent à base de riz et le riz ça colle sous les pieds, et pour le reste je veux pas savoir. Bref.

On descend au lac, enfin on descend les marches parce que même pas arrivés à 10m du lac un mec nous stoppe et nous aborde. Il faut un certain rituel avant d’entrée dans la zone du lac. Je lui dit on veut juste voir le lac, on n’est pas hindou, si ce n’est pas autorisé on s’en va et surtout on n’a pas de sous. Il me dit ce n’est pas grave il est prêtre (Lolololololol), il doit prier pour nous. Je dis ok si tu veux mais, on ne va rien payer car on n’a rien demandé, et dans tous les cas on n’a pas pris de sous. Il me dit que c’est bon il va prier et tout, pas de soucis. Mais oui bien sûr. Je le voyais gros comme une maison.

Il nous met du riz dans les mains, des épices, et il prie. Genre il nous souhaite plein de trucs gentils et tout, c’est cool mais on voulait juste voir le lac, et surtout arrêtez de nous souhaiter plein de bébés, c’est cool mais pas pour tout de suite quoi.

Bref. Il nous met des fleurs dans les mains, c’est joli, on doit le jeter dans le lac, pas de soucis, il nous met du riz sur le front, aïe ça me rappelle l’arnaque du Népal ça. Et enfin il noue un bracelet rouge à notre poignet. Le passeport.

« Maintenant, pour cette prière vous devez nous faire une donation, c’est ce que vous voulez, c’est ce que vous pouvez, c’est pour nourrir des familles pauvres à Pushkar. En général les gens donnent 50€. » Et ben voilà ! Je me demandais presque quand ça allait arriver. Bien sûr je lui avais dis qu’avant qu’il ne fasse quoi que ce soit que je n’avais pas d’argent, mais on a remarqué que quand t’es un touriste en Inde ou au Népal, tu peux toujours parler, ils s’en tapent mais complet. – Je n’ai rien. – Mais il faut donner, au moins 20€. – Oui mais bon je n’ai rien. – C’est pour nourrir des familles. – Oh, j’ai 100 roupies dans ma poche !

Je lui tends, il refuse, c’est au moins 20€. C’est ça ou rien, il le prend en continuant de me demander 20€. Parfait il l’a pris. Merci, ciao. Et on se carapate, un peu agacés mais sans plus. C’est dommage mais on savait à quoi s’attendre ici. De ce que j’ai compris de la spiritualité en Inde, ce que je viens de faire viens de plomber mon Karma, du coup Inchallah il ne m’arrivera rien ! (maintenant que j’écris ça je me demande si ce n’est pas justement le lendemain que mon appareil photo m’a lâché…mmmh)

On arrive à l’hôtel, le gérant nous regarde tout sourire « Oh ! vous avez le « Passeport de Pushkar ! » en regardant nos poignets. Eh oui, on est des gros touristes, on s’est fait avoir. Mais au moins on n’hésitera pas à s’en servir pendant tout notre séjour à Pushkar pour aller au lac tranquille. D’ailleurs, à chaque fois qu’on y aller, quand les gros mito-prêtres viennent vers nous (je ne vais pas mâcher mes mots, même le Routard insiste, c’est une arnaque, ce n’est pas pour nourrir des familles pauvres, on ne l’a vu qu’après), on montre le passeport, ils s’en vont en rigolant.

Faut bien vivre, né en Inde, j’aurais sûrement fait la même.

Notre première ville Indienne

Au final passer une semaine à Pushkar aura été une très bonne expérience. A la fois riche en émotion, une très belle ville pour s’immerger dans la culture indienne et le fait de s’y poser nous permet de récupérer de temps en temps.

On n’a pas pu tout mettre mais on a aussi fait le concert d’une célébrité indienne pendant le festival, la femme du gérant a fait essayer les Saris aux filles, on a vu un concours de mariés tout pourri, les gens ont fait plein de selfies avec nous, on a mangé plein de bonnes choses locales, mais on a même trouvé des pizzas au petit dej. Bref on s’est bien amusé.

Pushkar, et la Pushkar Camel Fair 1/2

Après notre arrivée et nos aventures avec Moutache, nous quittons dès le lendemain Dehli et son infernal boucan pour… Pushkar avec son festival de chameau qui bat son plein. Départ 15h de Dehli pour arriver à 23h à la gare d’Ajmer, grande ville à quelques kilomètres de Pushkar. Première découverte du train couchette indien, ses passagers, ses vendeurs ambulants, ses familles qui sorte des currys de marmite-tupperware dont l’odeur nous affame. Une expérience plutôt sympa en vrai. Pour Coralie et Rachel (loin de nous vu que Moustache n’avait pas géré du tout pour les billets) c’était un peu plus compliqué comme il y avait toute une famille sur leur couchette mais c’était une expérience plutôt conviviale au final.

Arrivés fatigués à Ajmer, nous cherchons un taxi. Pas très difficile à la vue de nos visages pâles et nos gros sacs à dos, ils viennent tous à nous. Nous ne partirons qu’une quinzaine de minutes après le temps de se faire balader à droite à gauche par des chauffeurs qui accepte puis refuse puis accepte puis refuse nos prix, prix sur lesquels nous nous étions renseignés à l’avance. Finalement la meilleure technique de négociation c’est de partir, ils nous rattraperont en général un peu après.

Malgré tout, le taxi ne nous posera qu’à l’entrée de la ville car celle-ci est bouclée et interdite aux voitures pour le festival. Une déambulation nocturne s’impose alors dans les rues de Pushkar, avec appréhension pour ne pas dire peur de l’Inde des premiers jours, les chiens errants… Et quelques poignées de citadins ici et là qui font la fête avec de la grosse musique électro en pleine rue. Nous arrivons à l’hôtel, le gérant nous attendait. Ouf ! Dodo (enfin presque il fallait qu’il fasse une photocopie des passeports, du coup on est parti en moto chez son cousin et après dodo en vrai).

Le concours de moustache

Le gérant de l’hôtel nous fournit une carte avec un programme des activités à Pushkar. A 10h, c’est le concours de moustache à ne rater pour rien au monde, (c’est juste pour ça que je suis venu à Pushkar en plus des chameaux). C’était l’occasion d’apprendre un peu plus à faire des photos pour moi, et d’admirer le folklore de cette première étape indienne (Dehli ne compte pas).

10h donc, après un copieux petit déjeuner avec notre premier lassi en Inde (lassi de la mort qui tue sa race, dédicace à Gaëlle), on file vers la place principale, le Mela. Le Mela est une grande place poussiéreuse entourée de gradins pas très hauts mais qui a son petit charme. Il me rappelle l’arène où Anakin, Obi-Wan et Padmé se battait contre les sauterelles dans Star Wars II. Dès l’arrivée, on est dans l’ambiance du festival avec le chameau décoré, dans la modération indienne bien sûr. Pimp my ride :

Nous nous rapprochons des gradins où une foule de curieux et des photographes s’agglutinent face aux participants du concours. Deux dames en sari, un enfant sale et à moitié nu dans les bras foncent vers Lucile. L’une d’elles essaie de lui vendre un bracelet pendant que l’autre lui attrape la main. En moins de trois secondes elle lui a fait un petit soleil au henné, Lucile retire sa main, la dame demande de l’argent pour le tatouage. Ça va vite ici. Lucile n’en voulait pas d’abord, s’essuie la main et s’en va. Première expérience de la foire, forcée et triste à la fois. On savait à quoi s’attendre.

Le concours de moustache est génial. Tout le monde peut y participer. Deux occidentaux ne s’en prive pas mais bon, il y a du niveau en face. Après leur inscription, les participants s’installent sur des chaises en face du jury dans les gradins. Ces derniers présentent les participants puis le concours commence. Un orchestre arrive et lance les festivités.  La musique est lancée et le premier participant se lève pour présenter sa moustache. Surprise pour les non initiés comme nous, celui-ci la sort de son turban et la déroule ! Elle doit faire un mètre de chaque côté. Les participants défilent un à un, leur prestation consiste surtout à se faire remarquer. Certains font tourner les moustaches (dédicace à Patrick Sébastien), d’autres font une petite danse. Le meilleur show était pour celui qui hurlait de rire tel un méchant dans un film en faisant tourner sa moustache en l’air. On va l’appeler le Fou. C’était génial, du moins pour les participants indiens qui étaient habillés tels des sultans. Les deux touristes occidentaux faisant un peu pitié à côté, qu’on le dise clairement (mais bon qui suis-je pour parler moustache !). Pendant le concours les gens affluaient de partout et notre petite place au calme dans les gradins s’est vite remplie. J’étais debout à l’extrémité des tribunes, à environ 2m de haut, les indiens grimpaient à côté de moi pour pouvoir voir. Ils n’hésitaient d’ailleurs pas à saisir mon pied ou ceux des voisins comme prise d’escalade. J’ai préféré leur tendre la main pour éviter de tomber. C’est convivial l’Inde, c’est marrant.

Le concours se termine, les vainqueurs sont acclamés. Je descends et me retrouve au milieu de la foule avec Rachel pour avoir une bonne photo. J’en profite pour féliciter mon candidat favori, qui s’en fout de mes compliments, et …qui tire sur un gros oinj , oklm dans la foule. Jamila, article à ne pas lire en classe, désolé (ou alors je fais sauter le paragraphe).

Un bonhomme tout violet faisait le show pendant le concours. On aurait dit qu’il était déguisé en dieu hindou. Il était spectaculaire. Lui, on l’appelait le Gros Monstre. Magnifique :

Je me faufile entre les photographes donc, les cameramans de télévision, les journalistes pour avoir quelques bonnes photos. Pendant ce temps Rachel arrive à discuter et à se faire prendre en photo avec le Fou. Il y avait tellement de monde qui se bousculait pour les voir que j’arrivais même pas à les photographier. Une belle matinée en tout cas.

La foire

Le principe de la Pushkar Fair est à la base la vente de chameaux. Plus de 15000 s’y retrouvent en général pour y être vendus. Les habitants nous indiquent que le nombre de chameaux et de participants décroît chaque année. En même temps qui en a besoin ? Nous nous dirigeons donc après le concours de moustache vers les bestiaux. J’imaginais un grand champ avec des milliers de chameaux tous serrés les uns contre les autres, j’imaginais des marchands crier et négocier tout autour de nous. Finalement les chameaux étaient plutôt difficiles à trouver.

En effet, dans les allées de la foire on a tout vu sauf des chameaux. Des chevaux, des boeufs/buffles/zébus/gros monstres et quelque moutons. Les animaux sont impressionnants. Les chevaux sont gigantesques avec des belles oreilles qui pointent vers l’intérieur. En fait les chevaux sont normaux, c’est juste qu’après un mois au Népal, nous nous sommes habitués à avoir des animaux courts sur pattes. Ils étaient vraiment petit là-bas. Les vaches étaient énormes, les gens se prenaient en photo avec.

Après avoir marché un bon quart d’heure on trouve des chameaux. Genre un groupe de 4 pas plus. Les propriétaires étaient allongés sous une tente à discuter. C’était bien calme et excentré donc nous avons continué à chercher.

Une route principale coupait la foire en deux. Elle était bondée mais permettait de marcher assez vite tout de même. Il fallait quand même gérer les voitures, troupeaux et chameaux pour touristes qui passaient très près. Sur la route un petit garçon vient nous dire bonjour, je discute avec lui, il a un anglais nickel. Il me dit qu’il l’a appris avec les touristes. Trop fort. J’en profite comme il n’a pas l’air de faire grand-chose pour lui demander où sont les chameaux. Il nous sert de guide. Il avait mentionné la boutique de souvenirs de son oncle, dans laquelle on ira faire un tour après la ballade. Parfait, je n’avais pas envie de payer un enfant pour la visite, mais un souvenir en remerciement c’est top.

Il nous amène au bout de la route où se trouvent les chameaux. Il semble y en avoir quelques dizaines à droite à gauche, ainsi que d’autres troupeaux éparpillés dans la campagne.

Il me dit que c’est les premiers jours que les chameaux se vendent, il ne reste que les invendus et ceux que les nouveaux propriétaires viendront chercher plus tard. Je le demande pourquoi faire, des chameaux. Les femelles pour le lait, les mâles pour les monter et le transport. D’ailleurs, une femelle coûte plus cher qu’un mâle. Je demande s’ils les mangent aussi, il me dit que non. Dommage, je voulais goûter du chameau. Une femelles coûte dans les 45000 roupies (548 €). Un mâle dans les 30000. La visite se termine sur les photos puis la boutique de l’oncle.

On explique à l’oncle que son neveu est trop cool est bon en anglais. Et que pour le remercier on veut prendre un petit souvenir. Ils fabriquent des superbes petites statues creusées en forme d’œuf, d’éléphant et de tortue. Nous en prenons une petite lui expliquons notre voyage et que notre sac n’a pas de place pour des souvenirs. Rien à faire il va batailler et baisser ses prix pour qu’on en prenne plus. C’est pas grave on a notre éléphant, à plus.

Retour a la maison K.O. pour manger et siester. La suite au prochain épisode.

Le Camel Safari et le chamelier

Le Camel Safari et le chamelier

Le Camel Safari

Lucile m’a dit, essaye de ne pas être trop trop négatif. Donne les points positifs, les faits. V’là la censure quoi ! Je vais faire de mon mieux.

Jaiselmer, la jaune, les portes du désert du Rajasthan, son fort. Au delà de sa forteresse habitée et de ses couchers de soleil majestueux, c’est aussi le lieu d’une activité phare dans cette région : le Camel Safari, ou autrement dit, le tour en chameau (l’autre activité est de compter le nombre d’avions de chasse, eh oui, c’est la frontière avec le Pakistan). Dès qu’on nous en avait parlé , les yeux de Lulu brillaient en me regardant comme une enfant « on peut le faire » . Moi : c’est combien ? Lulu: un peu cher. Moi : combien ? En plus je suis marocain et je ne l’ai jamais fait au bled, c’est une insulte à mon pays ! Lulu : je ne connais pas le prix encore.

Les couchers de soleil de Jaiselmer

De toute manière je savais qu’on allait le faire, on est en tour du monde, c’est pas tous les jours que l’on se trouve perdu à des milliers de kilomètres de la maison avec la possibilité de faire un tour en chameau.

Négociation

Négociation comme d’habitude, les filles sont très enclines à le faire sur 3 jours. Pourquoi pas. Le chamelier arrive à l’hôtel, nous explique le déroulé : visite d’un lac, d’un village fantôme, puis chameau, puis manger, puis chameaux, puis manger, puis dodo à la belle étoile. Deuxième jour à peu près pareil avec visite de village musulman hindou. Belle étoile. Troisième jour au choix avec retour village.

Parfait ça sonne bien ! Combien ? 3000 roupies par personnes, soit 1000 par jour comme on nous l’avait dit. Super ! Non, non. C’était 3000/jour/personne. Ah! (Denis Brognard RPZ)

C’est mort, c’est hors budget. Plus de 200€ pour Lucile et moi, ce n’était pas possible.

Si on veut faire un tour plus touristique (avec plein de gens qui font du bruit et la fête) ça descend à 2000. Ça ne va pas. On lui dit que c’est cher et que l’on doit réfléchir. Il attend devant nous pendant la discussion. Les filles cherchent des tarifs sur internet pour comparer. Personne ne dit plus rien. Je me lance et lui dit que c’est hors budget et de ne pas nous attendre car nous irons en ville pour comparer et prendre la meilleure offre.

Quel est votre prix ? nous demande t’il. Je lui dit que c’est trop bas et que je n’ose pas lui dire. Il me dit d’y aller quand même. Je lui dit 5000 pour la total en non touristiques. Il est choqué, reste calme et fait un non de la tête. Il veut descendre à 7000 au lieu de 9000 pour les 3 jours. Mais je ne négocie pas, les 5000 c’est notre budget max par personne. Je lui dis désolé. Nous passons donc à autre chose.

Du moins, c’est ce que je pensais. Il revient vers moi une minute plus tard et me dit ok si le boss est ok car il ne veut pas perdre un groupe de 4 clients. Quoi ??? Nous sommes tous les quatre étonnés de la réponse. Elles me regardent et je comprends: Négociation Level 3 Completed ! (avec musique de jeu vidéo dans la tête). Le boss est ok, nous partons le lendemain et sommes priés de ne pas dire le prix au couple sensé venir avec nous. Voilà. Préparer des vêtements chauds et longs. C’est tout. A demain. Nickel.

Camel Safari jour 1

Rendez vous à 8h pour démarrer notre périple. Notre chamelier nous annonce qu’il s’occupera du couple qui était sensé être avec nous et que nous le reverrons le soir au campement. Ça sent le changement de plan suite au changement de tarif. Nous verrons. Le 4×4 prend la route direction le désert. Musique à fond dans la voiture, Lucile est assise dans le coffre dans une direction perpendiculaire à la notre. Nous arrivons au premier stop. Le lac est petit, l’arrêt fait un peu : voilà, un lac, prenez des photos. C’est bizarre. Pas d’histoire, de légende… Ou quelque chose, n’importe quoi ! C’est pas grave on va faire le tour du lac ça sera déjà ça.

Bonne surprise au final. Le lac est bondé de grenouilles Jésus. Je les appelle comme ça car elles tapent des sprints sur l’eau quand on approche. Le lac grouille aussi d’oiseaux magnifiques. Une sorte de gros martin pêcheur rouge se pose près de nous. Je regrette tellement la panne de mon appareil photo. D’autres encore avec des crêtes nous survolent. Il y en a partout. Tous magnifiques. Je me dis que je reviendrai un jour pour les photographier. Mais si je le faisais vraiment à chaque fois que je le disais, il faudrait plusieurs vie pour tout revoir. On remballe, Coralie roule un peu le 4×4, la classe. Direction le village fantôme.

Nous arrivons au pied d’une forteresse. Ici des paons nous accueillent à cris de Léon ! C’est beau. Il n’y a rien à voir dans la forteresse à part les paons mais c’est déjà ça . Une fois dans la forteresse il nous demande de regarder par la fenêtre. Là, nous découvrons avec surprise un village en ruine comme si une tempête était passé il y’a des dizaines d’années. Que s’est-il passé nous demandons ?. Prenez des photos et je vous dirais dans le voiture. Ok. En Inde on commence à comprendre leur vision du tourisme. C’est pas grave. Photo. Voiture.

L’histoire de ce village est qu’un jour un pakistanais musulman est tombé amoureux d’une hindi du village. Elle aussi est très amoureuse, ils décident donc de ce marier. Malheureusement entre le système de caste et la religion, rien ne va plus. La famille de la jeune fille est contre. L’homme retourne à son village mais dans son cœur sa décision est prise. Il va l’épouser. Il retourne donc le lendemain au village de la jeune fille pour prendre sa main quoi qu’il arrive.

Quand il arrive, c’est l’effroi. Le village est désert, les maisons et les biens sont abandonnés, tout est resté sur place, sauf la population qui a disparue entièrement en une nuit (dans le but d’empêcher ce mariage?!?). On ne les a jamais retrouvés, tout comme l’homme avec sa dulcinée. On raconte que si on passe la nuit dans ce village, ou pourrait y entendre des voix.

Bof ! On est d’accord. En plus cette histoire a constamment été interrompu par les coups de téléphone de notre chamelier ce qui nous avait bien fait rire.

Prochaine étape les chameaux !

La voiture s’arrête dans un champ. Nous attendons, le conducteur et le chamelier sont au téléphone ils ne nous disent rien. Ça fait scène de film avec des gangster. je fais la mauvaise blague aux filles qu’une autre voiture va arriver et qu’ils vont nous mettre un sac sur la tête pour ne pas voir où on va. Arrête ! Me disent-elles. Je regarde trop la télé.

Il redémarre et se dirige vers notre nouveau chamelier. Bobby. Il est là avec 4 chameaux. En comptant le chamelier nous sommes 5. Nous avons convenu à l’avance que le chamelier ait son chameau et qu’ils soient deux par mesure de sécurité, conseil vu sur le routard. Ça n’arrivera jamais. Passons. On nous donne nos turbans, qui était un de leur argument marketing. V’là la chute de filet synthétique couleur flashy pour turban. Il ne fera pas long feu sur ma tête. Le chamelier récupère l’eau et la nourriture, les place à l’arrière du plus gros chameau et hop c’est le décollage pour nous. C’est littéralement ce qui arrive, le chameau est si haut ! Trop bien.

Nous sommes balancés d’avant arrière c’est très physique je trouve. En plus il n’y a pas d’étriers. Tout mon poids repose uniquement sur l’entrejambe. C’est douloureux. Je tiens bon je pousse sur mes mains sur la selle pour réduire mon poids mais bon. En fouillant sur le chameau je trouve deux cordes qui semblent former des étriers. Je suis sauvé pour les 3 quarts d’heure suivants. Je profite du paysage qui n’est pas très joli : une ou plusieurs pistes, un terrain plutôt plat avec des toutes petites habitations disposées ça et là. C’est une grande campagne aride où l’on fait paître les bêtes avec le peu de végétation qu’il y a. Et surtout, tout au tour de nous à 365°, un champ d’éoliennes. Nous sommes tous silencieux sur nos chameaux. Chacun est dans son moment désert, son moment introspection ou contemplation. Je regarde le désert et pendant ces deux heures de balade silencieuse je pense à l’alchimiste. Il est là tranquille en à admirer et faire partie du paysage. Moment mystique de folie pour lui, il va même se transformer en vent!

Je suis loin de son niveau. J’ai plutôt passé les deux heures à me demander qu’est ce qu’on fait là ? Est ce que c’est ce champs d’éoliennes ce qu’il appelle désert ? C’est pas possible? Et si c’était vraiment ça il faut que j’en profite malgré tout . Facile à dire , j’ai l’impression de mettre fait arnaquer par le premier chamelier. Deux heures à se dire qu’on s’est peut être fait arnaqué mais que maintenant qu’on est là autant en profiter mais quand même … C’était ça principalement, mon moment introspection. Pas terrible.

Le désert

Je ne me suis pas transformé en vent.

Nous nous arrêtons. Bobby installe un camp à l’ombre sous un arbre. Il va vers un autre arbre et installe sa cuisine : légumes, plateau, sucre, sel, épice, et en guise de gazinière, feu de camp. La classe ! D’autres chameliers le rejoignent. J’essaye de rester avec eux pour échanger un peu mais bon après plusieurs réponses courtes à chacune de mes questions je retourne de l’autre côté avec les filles en mode sieste. Bobby est trop cool, il nous apporte des chips, qu’on ne s’est pas privé de critiquer en les comparant à du polystyrène. Mais il les avait réchauffés au feu et nous avions faim, malgré les critiques après 2 minutes il ne restait plus rien. Les fruits arrivent ensuite pour continuer de patienter. Enfin arrive les repas, délicieux. Il nous a fait un petit curry mieux qu’au resto, sur le sol, avec ses 3 bouts de bois. La classe ! C’est trop bon ! Par contre ça ne nous suffit pas, nous prions pour en avoir plus le soir. Prière exhaussée nous n’aurons plus jamais faim pour le reste du séjour. C’est dommage Bobby ne mange pas avec nous.

Comme d’habitude

Pendant le repas nous nous posons les questions sur notre premier ressenti. On est d’accord que ce n’est pas le Sahara mais nous nous accordons tous sur le point positif : ici nous n’entendons pas de klaxons et personne ne vient nous importuner. Conclusion : mal aux fesses, trop d’éoliennes, mais quel bonheur d’être au calme. Je demande au chamelier si c’est ça le désert, il me répond que oui, les éoliennes sont arrivées il y a 3 ans depuis c’est quasiment partout comme ça . Je n’ai jamais été autant déçu de voir des énergies « vertes » proliférer.

Après manger et siester, nous levons le camp direction notre dune pour camper ce soir. Rachel a plus souffert que moi au niveau des frottements du chameau, mais elle va tenir le coup.

Bobby a un chameau, un de ces amis lui en a amené un après que nous lui ayons demandé pourquoi il était à pied. Mais sur quelques centaines de mètres . Il redescend, l’attache au mien. Il nous explique qu’il préfère largement marcher. Tu m’étonnes ! Je commence à hésiter aussi. En fait, la vrai raison c’est qu’après nos trois jours de ballades il va se farcir 40km à dos de chameaux en galopant pour retourner chez lui. Aïe. Je comprends mieux la marche. Il ajoute même que la marche est son moment repos. Difficile à comprendre entre la chaleur, le soleil et la fatigue.

Moins d’éoliennes. Le soleil ne va tarder à se coucher. La ballade se termine sur une dune de sable devant nous qui sort de nulle part . Mais vraiment ! Au milieu de ce champ aride, Paf ! une vrai belle et grande dune de sable. C’est magnifique , notre petit Sahara. Nous nous y arrêtons. Campement. Nous nous posons sur les dunes pour observer le coucher de soleil. Le calme. Enfin presque, l’Inde revient à nous quand deux musiciens avec leurs instruments se posent devant nous pour faire de la musique, il faut bien vivre. Mais nous refusons. Ils s’en fichent et restent nous faire la musique pour  » le son de bienvenue dans le désert » . On se regarde tous avec la même idée. Le son du désert c’est le silence. Il joue une chanson, je racle les poches pour y trouver quelque roupies . Je leur tends et là ils rient, à la limite de me les jeter à la figure. Pas besoin de parler hindi pour comprendre qu’ils le prennent comme une insulte. Ils se lèvent en me faisant comprendre que c’est rien du tout que j’ai donné. Je dis que j’ai rien d’autre, de toute manière nous n’en voulions pas de musique . Ça a eu le mérite de les faire partir, sur un mauvais sentiment, on n’est pas rentable comme touriste . Les filles me remercient de les avoir fait partir.

Coucher de soleil magique , on ne voit plus les éoliennes, masala tea dans les dunes. Le bonheur. Le soir discussion métaphysique autour d’un repas copieux, Bobby à l’écart encore une fois malheureusement. Discussion initiée par un message de mon grand frère qui dit « c’est comment l’Inde ? « . On a du débattre sur ce sujet pendant deux heures autour du feu.

Après le repas, une couverture en dessous contre le sable, une couverture au dessus et voilà notre nuit à la belle étoile, couchés 21h. Le bonheur de s’endormir en comptant les étoiles. Je dors malgré tout difficilement mon sol est penché. Je galère toute la nuit mais je me réveille en forme, comme après chaque nuit que je passe dehors étrangement.

Camel Safari jour 2

Réveil avec le lever du soleil. Parfait timing paysage magnifique. Petit déj plus que complet et petit feu de camp pour me réchauffer ( en fait c’était plus pour jouer que je me suis fait un feu mais bon ). La vie est belle quand on se réveille dans ce désert. D’ailleurs on prend tout à la rigolade ce jour là. Entre les pansements au derrière d’une certaine personne et la recherche des chameaux de Bobby qui a duré très, très longtemps, (ils sont partis se promener loin cette nuit, malgré leur entrave aux pattes), c’était plutôt drôle.

Une fois en route c’est la même rigolade. On voit Bobby faire des zigzags sur la route et les dunes, c’est beau mais on est clairement en train de se faire balader, on est mort de rire. J’essaye de me repérer comme je peux avec le soleil, un coup à droite un coup à gauche, en plus Bobby tient les chameaux en laisse. Il nous balade comme des petits chiens. Ça nous fait délirer et complètement remettre en question le concept de Camel Safari que j’avais en tête : le désert ! Terre d’aventure, 3 jours à le traverser, d’objectif en objectif , survivrons-nous à ses dangers ? Alors qu’en fait on nous promène, nous nourrit, on nous balade. Drôle de sensation.

Quand nous avions réservé ce tour le deuxième jour devait contenir la visite d’un village musulman et d’un village hindou. Nous le disons à Bobby qui l’apprend à cet instant . Il dit ok. Nous emmène dans un village perdu et nous dit : voilà , c’est village musulman allez faire un tour et après on y va. Bon, ok. Encore une fois on n’a pas la même idée du guide entre la France et l’Inde. Mais bon, après le nuit à la belle étoile , on le prend encore à la rigolade. Un enfant vient vers nous. Comme tout les enfants, on leur a appris à demander aux touristes soit des roupies, soit des stylos. Lui c’est les stylos, puis du chocolat. On n’a ni l’un ni l’autre. Chocolat j’aurais bien voulu mais bon on n’en pas trop acheté en Inde.

Deux minutes au village , une photo des greniers et hop on se tire , si rien n’est expliqué ça ne sert a rien. Entre la barrière de la langue et l’absence d’introduction c’est pas évident.

Le soir, c’est une nouvelle dune qui nous attend, un petit abri avec 4 lits de camps sont disponibles, je ne dit pas non. En plus la pluie nous a rejoint la nuit. Mais pas que la pluie.

Tout le monde était parti se coucher vers 21h30 et pour moi une petite pause toilette s’imposait. A mon retour dans le noir total je distingue une grande ombre qui me parle un peu éloigné du campement. C’est Bobby. Il me dit qu’on se couche très tôt. Je confirme. Il veut discuter un peu avec moi. Trop bien ! Enfin ! je suis trop content, après deux jours passés ensemble. Je préviens les filles si elle veulent se joindre à nous. Deux sont déjà en train de dormir la troisième ne sortira pas de sa couette. Soit. Discussion entre hommes.

Notre conversation va m’ouvrir un peu les yeux sur la vie dans cette partie du Rajasthan. Il me demande d’abord dans quel pays il pourrait aller pour gagner assez d’argent pour revenir acheter ses propres chameaux. Cet homme travaille pour les organisateurs de ce type d’excursions, il fait deux à trois sorties comme la nôtre par semaine en pleine saison , mais ni l’entreprise ni les chameaux de lui appartiennent. Il n’est donc pas rémunéré directement par nos tarifs mais a un salaire fixe mensuel pour toutes les excursions qu’il fait de …3000 roupies. Soit un peu plus de 30,€ par mois ! Nous venons de payer chacun 5000 roupies pour ces 3 jours soit 20000 d’un coup, cela veut dire qu’il n’en touchera que 300. Un peu plus de 3€ en 3 jours. Voilà c’est dit.

Il n’a pas eu d’éducation et ne sait faire que chamelier. Donc l’idée est de savoir dans quel pays il pourrait travailler pour avoir assez d’argent pour s’acheter ses propre chameaux. Je n’ai pas de vrai réponse à lui donner. L’Europe, le Canada, l’Australie n’importe de notre côté du monde en fait. En quelque mois ils peut avoir toute une ribambelle de chameaux en fait. A Pushkar un chameau valait maximum 45000 roupies , même pas le prix de mon reflex, un demi Iphone. Je ne sais pas quoi lui répondre. N’importe où si tu arrives à partir en fait. C’est chaud. Notre concept de misère à la française est remis en question. Et encore ! Il fait parti de ceux qui ont un salaire en Inde.

Je lui demande alors comment tu fais pour vivre avec si peu ? Il me répond que dans sa maison avec ses frères, sœurs et parents, il arrive à faire rentrer en tout 9000 roupies dans les bons mois, pour 9 personnes. Il me dit aussi que les légumes sont chers. Qu’il n’en mangeait pas souvent (je pense alors à nos pubs pour les 5 fruits et légumes). Que la base de l’alimentation était le riz et les lentilles. Bien que les lentilles coûtent plutôt cher, il me fait comprendre que quand il n’y a pas assez d’argent, il y a plus d’eau dans la soupe de lentilles. Là c’est la taille de mon estomac qui est remis en question.

C’est la première fois qu’un indien me présente les réalités économiques de la vie. A manger au resto tous les jours et à vivre à l’hôtel, un petit monde nous sépare entre touristes et locaux. Je m’endors donc avec cette pensé, et le bruit du vent qui s’abat sur notre bâche qui nous sert d’abri.

Camel Safari jour 3

Petit déjeuner copieux dans lequel je raconte ma soirée précédente. Retour au 4×4 et au revoir à Bobby, non sans penser à la vie qui va continuer au même rythme pour lui, sans réel espoir de la changer, et à notre vie qui nous attend en France, pas si compliquée au final. Retour à Jaiselmer, au klaxon. C’est l’heure du repos dans un lit moelleux pour nous.

La ballade était sympa. Le safari n’en est pas un, d’autres groupes ont trouvé pour moins cher avec des spectacles et autre sur les dunes. Pour nous ça nous allait. On ne refera pas forcément mais c’est bien de savoir qu’une ballade à dos de chameau, et bien ça fait mal aux fesses.

Udaipur ou la fière cité (City Palace)

Quitte à voyager en Inde, autant vivre l’expérience à fond et quel meilleur endroit que le Rajasthan pour cela ! Cela promet de découvrir l’Inde historique, une autre Inde que celle devenue indépendante de la couronne britannique, après la protestation pacifique menée par Gandhi. Et effectivement, c’est une Inde complètement différente que nous découvrons : celle des rois (Rajasthan signifie « Pays des Rois ! »)

Udaipur est, peut-être, la plus fière d’entre elles, mais avant d’en expliquer la raison, laissez-nous faire un petit résumé de l’histoire de la région (que nous ne connaissions pas d’ailleurs, avant d’y venir, à part la partie sur la colonisation).

Le Rajasthan a depuis toujours été une région disputée, par différents peuples. Cependant, de ce que nous avons compris, ce furent les Rajpoutes qui conquièrent durablement la région du Rajasthan et y installèrent leurs palais et leurs royaumes. Toutefois, à partir du VIIIème siècle, des peuples en provenance de l’Afghanistan arrivèrent par le Nord Ouest de l’Inde (donc le Rajasthan) et de nombreuses batailles éclatèrent ! Les disputes entre Maharrajas leur permirent de s’imposer, et les premières dynasties musulmanes prirent le pouvoir… malheureusement pas toujours de manière éclairée… Elles cherchèrent à imposer leur culture et à convertir les hindous à l’islam. De nombreux temples hindous furent détruits à cette époque.

Heureusement, peut-on dire, les Moghols, un peuple de religion musulmane également, prirent le pouvoir en Inde à partir du XVIème siècle, et eurent une vision plus tolérante des choses. Akbar, le petit fils de Babur, fondateur du grand royaume Moghol, prôna cette tolérance et les hindous purent reprendre la main sur leur culture, leur religion et leurs rites.

C’est donc dans le contexte de ces incessantes conquêtes et affrontements que nous allons découvrir l’histoire du Rajasthan !

Je surnomme la première ville que nous visitons, Udaipur, la fière. Pourquoi ? Car tous ses habitants sont fiers de dire que la ville n’a JAMAIS été conquise, que ce soit par les Moghols, ou encore par les britanniques ! C’est un royaume qui s’est battu sans relâche pour conserver son indépendance.

Pour apprécier un peu l’histoire de la ville d’Udaipur, nous nous sommes rendus au City Palace, un palais plein d’histoire, dont la construction a été entamée par le fondateur de la ville Udai Singh II. (« Udai » + « Pur » = la ville d’Udai, cela fait sens, n’est-ce pas ?). Ce roi a choisi le soleil comme emblème et est donc appelé le roi soleil… un peu avant qu’un autre roi que nous connaissons mieux ne possède le même surnom, à quelques milliers de kilomètres de là. Le soleil est le symbole du dieu Râma, un avatar du dieu Vishnou, dont le Mâhârana d’Udaipur serait le descendant.

Aujourd’hui, le City Palace se visite partiellement pour ce qui est de la partie musée, le reste du palais étant la résidence principale du roi actuel du Mewar, mais aussi un hôtel qui constitue une partie des revenus du roi, complétée par ses chevaux et son club de polo.

Nous prenons un guide, qui nous décrira à sa manière, ce qu’il y a à connaître du château d’Udaipur, mais aussi de la vie et de la culture indienne en général !

Udaipur est située dans la région du Mewar, et n’est pas sa capitale d’origine ! Historiquement, elle est la troisième capitale, après Nagda (à 21km d’Udaipur) et Chittorgarh (à 120km). Le royaume du Mewar fut un royaume puissant, dominant des terres allant jusqu’à Kandahar en Afghanistan, au VIIIème siècle ! Ce royaume a été gouverné par la même famille depuis le VIème siècle (566 A.D.)!

Udaipur devient la capitale du Mewar en 1559, lorsque le royaume perdit la forteresse de Chittorgarh face aux Moghols. Le choix de la nouvelle capitale a sa propre légende : le roi du Mewar était allé prier le dieu Shiva, à une vingtaine de kilomètres d’Udaipur, dans un lieu saint tenu par des sādhus, des saints hommes, qui vivent dans le dénuement le plus total, afin de se consacrer à l’objectif le plus important de l’hindouisme : l’arrêt des cycles de réincarnation. Une fois les rites faits, le roi décida de rester deux jours de plus. Un matin, alors qu’il était parti à la chasse sur son destrier, il tua un lapin. Il descendit de son cheval pour le ramasser et lorsqu’il se releva et leva la tête, il vit une fumée qui montait dans le ciel. Il sut alors qu’il avait tué un être vivant dans une enceinte sacrée, et qu’il avait donc commis un impair. Il se rendit alors auprès des sādhus pour recevoir la sentence liée à sa faute. Il leur dit : « Je ne savais pas que votre territoire s’étendait jusqu’ici, et j’y ai tué un animal ». Le sādhu lui ordonna alors : « Ta punition est de déménager ta capitale actuelle à Udaipur, et d’y construire un palais ».

De façon moins légendaire, il semble qu’après avoir perdu Chittorgarh face aux Moghols, le roi décida de trouver un nouveau lieu pour sa capitale, un lieu protégé par des collines, et facile à fortifier. L’emplacement d’Udaipur correspond à cette volonté. La construction du palais débuta le 6 mars 1558. Les mahârânas qui se succédèrent (en tout 28), ajoutèrent tous quelque chose au palais, si bien qu’aujourd’hui, il est le plus grand de tout le Rajasthan !

Passons maintenant à la visite proprement dite du palais !

Nous sommes dans une grande cour, du haut de laquelle nous pouvons voir les écuries, à la fois pour les chevaux, mais aussi pour les éléphants ! Pour faciliter la montée sur ces deux montures, nous voyons des sortes d’escaliers qui forment des plateformes à hauteur de cheval ou d’éléphants : il n’y plus qu’à grimper !

La cour était principalement utilisée pour célébrer les fêtes avec le peuple. C’est aussi le lieu où se passaient les combats d’éléphants ! Enfin, combats d’éléphants, ne vous imaginez pas un débordement de violence ! Ici il s’agissait plutôt de voir lequel des deux éléphants était le plus puissant au jeu de tir à la corde : un mur sépare deux éléphants qui doivent chacun tirer sur une corde le plus fort possible. Le premier qui entraîne l’autre jusqu’à ce qu’il touche le mur a gagné. Le dernier « combat d’éléphants » de ce genre a eu lieu en 1951.

Nous entrons ensuite dans la structure du palais et passons en premier lieu devant deux petits temples consacrés à Ganesh et à Laxmi, pour la chance et la bénédiction des dieux. Dans l’étroit escalier où se trouve les deux autels, c’est amusant de voir que de la céramique japonaise est incorporée aux murs, ce qui montrent l’influence et la richesse du royaume mewari.

Nous débouchons ensuite sur la cour royale, qui servait notamment aux audiences privées, par exemple pour rendre des décisions, mais aussi pour recevoir les invités venus célébrer un mariage ou la naissance d’un enfant, ou encore un couronnement.

C’est l’occasion pour notre guide de partir sur une petite digression à propos de la culture indienne et de l’importance attribuée à la consultation des astres : lorsqu’un enfant naît, son prénom n’est pas choisi au hasard, mais en consultant l’horoscope et les lettres qui ressortent en fonction de la position des planètes. De la même manière, pour les mariages (qui sont arrangés), l’horoscope est également consulté afin de s’assurer que les futurs mariés ont assez des points communs (astrologiques). Le futur marié doit avoir au moins 36 points communs avec sa future épouse, et la future mariée doit avoir au moins 28 points communs avec son futur époux, la femme ayant, d’après le guide, une meilleure adaptabilité aux besoins de son mari.

L’horoscope est lié au dieu Shiva, dieu de l’amour et de la mort, qui est prié à travers son Ingham (symbole) pour le mariage, pour la fécondité, pour la longévité. Le guide nous explique que ce sont surtout les femmes qui prient, et notamment pour la longévité de leur mari, car à son décès, la tradition du deuil veut que les femmes ne portent plus de bijoux, de saris rouges, ou tout cadeau offert à leur mariage. Autrement dit, quitte à partir, autant avant lui pour partir avec classe !

Les événements de la vie (mariage, décès, naissance) ont donc chacun leurs rituels qui s’accomplissent selon les croyances hindoues ! Dans la cour royale, à l’occasion des naissances ou des décès de rois, un emplacement dédié (un grand bassin) était rempli de 100000 pièces qui étaient partagées entre les temples de la ville pour leur entretien, et les pauvres du royaume. Le guide plaisante en disant que ces deux occasions sont une « taxe » que le roi paie à son peuple, alors que c’est usuellement l’inverse. Certes, mais il ne le paie que deux fois dans sa vie : à la naissance du futur roi et à la mort de l’ancien ! La dernière fois que cela s’est passé, c’était en 1930 !

Sur ces bonnes paroles, nous nous approchons d’une salle dans laquelle le guide attire notre attention sur un cheval qui porte un long morceau de tissu sur le museau : c’est une fausse trompe d’éléphant ! Dans les guerres contre les Moghols, c’était un leurre afin de décontenancer les éléphants des ennemis. Les musulmans étaient souvent à dos d’éléphants pendant la guerre, animaux qui étaient légèrement plus forts et violents que des chevaux. Le port de la trompe permettait de leurrer les éléphants, qui pensaient avoir affaire à un de leurs petits, et n’osaient ainsi pas les attaquer !

Ce genre d’astuce montre à quelle point la guerre était omniprésente à Udaipur. Et cela ce voit jusque dans l’architecture.

Ainsi, le palais est fait de petites portes et de couloirs, ce qui empêchait une armée de prendre facilement possession du palais. Si un soldat ennemi voulait passer une porte, il était obligé de se courber. Alors il était aisé de lui trancher la tête avec un sabre.

Les guerres tournaient autour de la protection du territoire, mais également de la protection des femmes. Nous est ainsi racontée l’histoire de 13000 femmes courageuses de Chittorghar menée par Rani Karnavati , qui se sont données la mort, la préférant plutôt que de tomber dans les mains des envahisseurs : c’est ce qui est nommé le Jauhar. De manière plus générale, les princesse du Mewar ont toujours préféré donner leur vie, plutôt que d’épouser un roi musulman, l’honneur voulant que le pays reste indépendant. Ce serait, toujours, pour protéger les femmes que le sari avec voile aurait été adopté.

Après ces quelques anecdotes, nous arrivons au sommet du palais. Là, notre guide nous pose une colle : ce que nous voyons ici, c’est un jardin, dans lequel des arbres poussent ! Mais pourtant, nous n’avons fait que monter, et sommes quasiment au point le plus haut du palais, alors comment est-ce possible ? Nous émettons plusieurs hypothèses : de la terre a été amenée jusqu’au dernier étage peut-être ? Eh bien non ! C’est simplement que le palais a été construit tout autour d’une colline, et le sommet de la butte se trouve ici. La terre n’a pas été importée, elle était déjà présente, ce qui permet l’existence d’un vrai petit jardin !

Cette partie du palais est particulièrement exploitée deux fois par an :

La première fête célébrée ici se déroule en janvier-février : ce sont les nuits de Shiva qui rappellent l’origine du premier mariage dans la religion hindoue : celui de Shiva et Shati, qui fusionne à nouveau. Shiva est très important au Mewar : les rois du Mewar sont les gardiens du trône de Shiva. Ils ne s’asseyent donc pas sur ce trône, mais à ses côtés.

La seconde fête célébrée est la fête des couleurs : Holi

C’est dans une salle adjacente qu’est exposé un siège dont Udaipur tire une fierté toute particulière : en 1911, le roi George V était venu en Inde et avait convié tous les souverains à Delhi (Darbar). Un siège spécial était attribué à chaque souverain, en fonction de son statut. Le Mâhârana d’Udaipur, Fateh Singh, défia l’invitation, et ne participa pas à la réunion ! Mais ils ont quand même récupéré un siège, symbole de leur résistance !

Après ce surprenant jardin en hauteur, nous découvrons maintenant des salles où de nombreuses miniatures sont exposées. C’est la représentation très fine de scènes réelles ou mythologiques sur des toiles de coton. Le guide nous montre à quel point le tracé est fin : jusqu’aux poils de barbes ! Plusieurs scènes sont représentées : du roi attentif à la lecture des livres sacrées faites par un sage, à la scène de chasse à propos de laquelle la question du guide est : « combien y a-t-il d’ours sur cette miniature ? » Nous cherchons le piège, mais n’en voyons pas, alors répondons le plus sereinement du monde : « Cinq ! » Eh bien non, il s’agissait d’un même ours, représenté dans différentes situations, un peu à la manière d’une BD.

Une autre miniature sur laquelle est attirée notre attention raconte l’histoire d’une princesse prise en étau entre deux propositions de mariage : celle du prince de Jaipur et celle du prince de Jodhpur. La situation est terrible, car les deux processions avec le prince de chacun des deux royaumes arrivent en même temps. Or, l’alliance choisie décide de l’ennemi que l’on se fait (par exemple, si c’est un mariage avec le prince de Jodhpur, alors le royaume de Jaipur devient ennemi). Confrontée à ce choix terrible, et ne voulant pas être à l’origine d’une guerre (qui n’aurait manqué de survenir), la princesse se serait donnée la mort. (Selon la légende, car en réalité, l’histoire serait bien plus sordide, et c’est son père le roi qui aurait commis le meurtre, pour rester en bons termes avec ses voisins… La princesse aurait jeté alors une malédiction empêchant les futurs souverains d’avoir un fils en héritier direct…Charmant !)

La suite de la visite nous permet de comprendre comment le royaume du Mewar a finalement été intégré à l’Inde. C’est vrai que ce peuple était tellement fier de son indépendance, il est légitime de se demander comment ils ont pu accepter de faire partie d’un pays… Alors que s’est-il passé ? Après la fin de la colonisation britannique, Nehru a proposé à tous les souverains de l’Inde de se joindre à la démocratie indienne. Cela impliquait que tous perdent leurs titres et les avantages liés à ce titre (s’ils acceptaient, ils allaient donc devoir se trouver des sources de revenus, et ne pourraient plus compter sur les impôts de leur peuple). Personne ne s’attendait à ce que le royaume d’Udaipur acceptent la proposition. Et pourtant… Le dernier vrai roi était malade des reins, et donc paralysé. Il était donc incapable d’avoir une descendance et ne pouvait compter que sur un héritier adopté. Mais comment être sûr que l’enfant adopté serait digne de la gouvernance du Mewar ? Alors la proposition de rejoindre l’Inde tomba à point nommé. Il prit tout de même deux jours pour réfléchir puis signa le contrat avec l’Inde en 1948 pour faire partie de ce pays. Il fut ainsi, un des premiers souverains à accepter la proposition. Il n’imposa qu’une condition : attendre que le dernier roi du Mewar (lui-même donc) meurt pour que la région fasse partie de l’Inde. En 1955, le Mewar est intégré à l’Inde, dans la grande région du Rajasthan.

La décision rapide du roi lui permet de négocier de nombreux aspects, et notamment le taux de change des roupies du Mewar vers les roupies indiennes : une roupie du Mewar valait ainsi cinq roupies indiennes, ce qui permit à la région de garder une certaine richesse.

La chambre du dernier roi du Mewar

C’est sur cette histoire récente de la famille royale du Mewar que je termine cet article.

Nous avons vu d’autres pièces magnifiques, témoins de la richesse de ce palais, et je vous laisse en découvrir quelques photos !

Conclusion après 3 mois de voyages, après l’Inde

La famille commence à manquer. Nous sommes partis depuis 3 mois, ce qui est long, il nous en reste encore 15 environ. Certes le temps passe vite mais la famille commence à manquer.

Lassitude

L’Inde m’a fait un peu de mal car ce pays a pas mal remis en question ma manière de voyager.

Visite après visite dans le Rajasthan, j’ai commencé à me lasser. C’est terrible ! Je me suis lassé de visiter des monuments magnifiques de découvrir de nouvelles choses chaque jour. C’est vraiment terrible. Le mec il est là, il a arrêté de travailler pour voir le monde et puis bof en fait. J’ai laissé beaucoup de monde derrière qui rêve de faire ce que l’on fait et puis voir le monde a toujours été mon rêve. Alors qu’est ce qu’il se passe ?

Connexion interrompue

A l’heure où je tape ces mots sur mon portable je suis dans le salle principale du Madpackers hostel à Agra. Je suis donc sur mon portable, Lucile sur le pc, un autre sur son Mac, une autre en train de retoucher des photographies sur son ordinateur et une dernière en train d’envoyer des messages. Nous sommes donc 5, il y a des canapés et fauteuils très confortables, des jeux de sociétés. Tout est fait pour la rencontre mais pas un ne parle. Moi le premier je veux qu’on me fiche la paix. Je confirme c’est un peu caricaturer notre société avec ces écrans partout, black mirror, quinoa, Yannick Jadot…bref. Non, j’ai juste à aller discuter avec ces personnes et c’est réglé, c’est facile de taper sur la technologie tout le temps. Mais bon je suis bien devant mon écran et ce n’est pas ce qui me fait le plus mal au niveau rencontre pendant ce voyage.

Le rapport à l’humain

Depuis le début de notre voyage, nous avons créé des liens fort avec des Français, des Américains, des Canadiens, des Européens, des blancs qui voyagent au final. Des voyageurs. Pourtant, nous venons de faire la Turquie, le Népal, l’Inde. Où sont les Turcs, Népalais et Indiens dans notre liste ? À part 2 ou 3 vraies conversations avec eux, notre rapport aux gens est très, très limité. C’est l’Inde qui me l’a fait comprendre car la relation ici a été exclusivement commerciale avec les indiens. Ceux avec qui nous avons le plus échangé au final, ce sont avec les gérants et employés d’hôtel, mais la transaction avait été réalisée quelque part. M’en rendre compte à créer un blocage. J’ai fait du tourisme pur et dur depuis 3 mois. Je n’ai appris des cultures et des peuples quasiment que par lecture, monuments et édifices religieux et audio-guide. Je ne voyais pas mon voyage comme ça.

J’ai adoré ce que j’ai fait et vu, ça serait mentir de dire le contraire. C’est incroyable de se lever et de voir le Taj Mahal ou la Basilique Sainte Sophie à deux pas. Passer des cols de la mort au Népal ou traverser la route en Inde. Mais je vais faire mon petit cliché, mais le contact humain n’est pas des plus authentique. Je comprends il faut bien gagner de l’argent, c’est clair en venant de France les poches pleines je ne vais pas donner de leçon. Mais n’être vu que comme un portefeuille ambulant ça pique.

Des solutions

Quitter l’Inde ? On part pour la Thaïlande, peut être que nous sommes juste fatigués de l’Inde et qu’un mois c’est suffisant. On reviendra c’est sûr mais j’ai besoin d’une pause de l’Inde.

Rentrer en France ? Non pas tout de suite. On est bien sur la route, on est libre. Et même si je rage sur 320 paragraphes, la vie est belle sur la route. Je suis un humain, j’en veux toujours plus.

Le workaway ? Rachel l’a fait, elle va le refaire. Vivre chez l’habitant, y travailler un peu et échanger un peu plus qu’un billet contre une entrée de musée. Ça sonne bien.

Ou alors faire comme notre ami Canadien Patrick et sa femme, Airbnb pendant une semaine en pleine ville au même endroit, aller toujours au même restaurant et au même endroit pour faire partie du quartier. A voir.

En attendant

L’Inde c’est comme on nous l’a décrit, moins violent quand même, ou alors on s’est habitué à voir certaines choses pas jolies et à passer à côté sans rien dire. Mais ça reste un pays magnifique. Mais dégueu quand même. Mais magnifique. On ne sait pas trop au final.

Du Népal vers l’Inde

Népal

L’idée de base était de traverser la frontière terrestre du Népal vers l’Inde. Le problème, c’est qu’à Pokhara, nous nous sommes rendus compte que le seul endroit où nous pouvions faire notre visa (pour frontière terrestre) pour l’Inde était à Katmandou et il y a un délai d’une semaine avant de le recevoir ! En comparaison, faire une demande de visa pour arriver par voie aérienne prend entre 2 et 3 jours et se fait en plus… directement sur internet. A l’idée de perdre une semaine dans une ville qui ne nous plait pas forcément, quitte à revenir à Katmandou, nous avons préféré l’option d’y prendre un avion vers Delhi, ce qui nous permet de faire la demande en ligne pour un e-visa. Décidément, l’administratif n’a jamais été notre fort.

Et faire la demande de visa en ligne n’est pas de tout repos non plus. Nous passons par le site du gouvernement indien, car c’est la manière la plus fiable et la plus économique d’avoir son visa : https://indianvisaonline.gov.in/ (différent site sont en tête sur la recherche Google mais ce sont des souvent sous-traitants qui prennent une commission). Le compléter est assez simple mais attention d’une page à l’autre le site plante et il faut ré-ouvrir une page. Heureusement que nous avions copié la référence de nos demande dès le début. Il faut être patient et nous prenons environ une heure à une heure trente… chacun ! pour compléter le formulaire (plantage, scan du passeport trop lourd, photos à scanner…). Mais les demandes sont envoyés ! Sans attendre les deux-trois jours pour voir si elles sont acceptées, nous attaquons la recherche de billet d’avion.

Google Flight est notre ami, nous en trouvons à 116€ pour nos deux billets pour le 6, jour d’expiration de notre visa.

Nous annonçons la nouvelle à nos copains du trek et ni une ni deux, Rachel et Coralie prennent le même avion. Comme Rachel nous avait fait part du festival de Pushkar et sa vente de chameaux, nous allons même commencer le voyage ensemble.

Le 6 novembre nous partons pour l’Inde. Départ à 6h30 de l’hôtel Sweet Dreams de Katmandou (bien à première vue mais les couvertures dégagent un nuage de poussière à chaque mouvement, de quoi relancer mes allergies) pour rejoindre Coralie et Rachel. Les chauffeurs de taxi nous sautent dessus, nous en profitons pour faire baisser les prix. Nous avions pris beaucoup d’avance par peur des bouchons mais bon nous arrivons finalement à l’aéroport de Katmandou, qui est plutôt petit, vers 7h15, soit 3 heures avant, le temps est moins long à quatre.

Inde

Grosse appréhension. Deux jours avant notre départ pour Delhi, chaque membre de nos familles respectives nous envoie des articles de presse sur la pollution de cette mégalopole qui est sans précédent. On ne verrait rien dans le brouillard à quelques mètres et les avions ne peuvent même plus atterrir.

L’Inde, toujours plus. Nous nous étions beaucoup renseignés par rapport à ce pays, pas temps sur sa géographie mais plus sur les sentiments, les réactions, les avis des voyageurs, occidentaux clairement, sur ce pays. Les phrases qui ressortent le plus c’est : « tu vas adorer ou détester » ou encore « tu vas adorer et détester » ou bien « tu vas voir le magnifique et l’horrible à la fois ».

A cela s’ajoute la pollution maintenant. Une chose est claire l’Inde nous faisait un peu peur, c’est d’ailleurs pour cela que nous avions commencé notre tour du monde en Turquie et non en Inde avant le Népal. En tour du monde, nous sommes libres et flexible (d’où l’absence de billets « tour du monde »). Décision : nous iront en Inde, pour voir, si cela nous plaît nous restons, sinon hop nous nous envolerons vers la Thaïlande.

Arrivée à Dehli, nous voyons la piste! C’est moins pire que prévu ! Atterrissage avec un Airbus qui ne fait étonnamment pas de bruit en vol. L’aéroport est très très grand en comparaison du précédent. Nous sortons vite de l’avion pour aller chercher un train rapidement et fuir Dehli pour Pushkar où nous avions déjà réservé l’hôtel. Manque de bol, nous avions préparé visa et passeport, nous sommes les premiers à la douane mais… Nous n’avions pas rempli les cartes de l’immigration. Nous nous retrouvons donc derniers mais ce n’est pas grave nous voyageons et c’est ce qui compte. Bagages récupérés, argent liquide aussi (Indusbank de l’aéroport qui taxe 2,36% sans prévenir) un guichet se présente a nous pour orienter les touristes. Parfait ! Le guichetier nous donne une carte de la ville avec le métro et la gare dans laquelle se trouve un bureau spécial pour réservation de train pour touriste étranger ! Quelle drôle d’idée.

Malgré la carte, le lieu nous est plutôt difficile à trouver. Cachée dans un étage perdu au fond de la nouvelle gare de Dehli, une grande salle « International tourist bureau » apparaît. Prise de ticket attente, quelques minutes après une grosse moustache se décide enfin à nous appeler pour prendre des billets. C’est peu être méchant de l’appeler ainsi mais nous sommes tombé sur le pire. A la douane ils étaient mille fois plus sympathique. Je m’explique.

Pas un sourire, pas un bonjour d’accueil nous demandons de partir aujourd’hui il nous dit que ce n’est pas possible. Voilà. Il ne fait rien de plus. Nous lui demandons alors s’il a de la place pour le lendemain. Il lance une recherche avec une lourde, mais lourde flemme. Il trouve 4 places pour un départ à 15h. Deal! Pour 1200 INR (15€) pour nous quatre c’est super ! Mais avec Moustache c’est lent, mais lent ! Nous voyons les touristes à notre droite en train de réserver leurs billets rapidement avec une dame tout sourire. Il refuse de nous prendre les billets tant que nous n’avons pas compléter à nouveau avec milles informations un papier que nous avions préparé au préalable. Nous terminons de le compléter. Il le récupère, le lit, puis retourne à son ordinateur, tape lentement, et nous annonce que… Il ne reste que 2 billets disponibles et non 4, 2 ont été achetés pendant que l’on complétait la feuille. Sans blague ! Je boue, Rachel aussi à ma droite, on reste calme, nous n’avons pas le choix et nous voulons partir. Les autres touristes à notre droite s’en vont gaiement avec leur billets. Notre Moustache ne fait rien et nous regarde, en fronçant bien les sourcils bien sûr. Gros blanc de quelques secondes ou lui et moi se regardons dans les yeux, ou j’attend qu’il dise ou fasse quelque chose.

Y t’il d’autre train dans la journée avec des places de disponible ? Sans cette question il ne se serait peut être jamais remis à chercher. A partir de ce moment nous décidons de ne plus jamais se plaindre de l’administration en France.

Non, pas d’autre train mais il reste deux places en 1ere classe dans le train initial. C’est bien de nous le dire ! Go go go on prend, on prend. Non! Il faut changer les informations de la feuille avant. Sérieux !!! Nous demandons de prendre et de payer les billets avant il dit non. Ça monte.

En nous voyant galérer à nouveau sur la feuille, une idée lui vient alors : payer les billets avant de compléter le feuille. En voilà une bonne idée! Nous avons les billet. Deux d’entre nous payent 3 fois le prix mais bon, en comparaison à la France …

Voilà notre premier contact, échange, avec l’Inde. Nous verrons plus tard que réserver dans une des nombreuses agence de voyage ne coûte pas beaucoup plus cher et est 100 fois plus rapide. Plus jamais un bureau officiel pour les billets de train. Quant à Moustache, je ne lui dirait jamais rien, je déchaînerai plus tard ma colère (lâchement) sur cet article WordPress. Nous cherchons alors un hôtel pour la nuit. Celle réservé à Pushkar ne sera jamais remboursé. Nous en réservons une sur Booking, et nous perdons dans les ruelles de Dehli pour la trouver. Nous arrivons sur place. Le manager après nous avoir regardé, puis regardé la réservation, puis regardé à nouveau nous annonce qu’il n’accepte pas les non indiens dans son hôtel. Merci monsieur pour avoir confirmé la réservation au préalable. Nous en cherchons un autre. Nous en trouvons un pas très loin avec un bon lit, un peu isolé du bruit en plus. Dommage qu’il soit infesté de cafards. Ne ferons avec, les auberges de jeunesse Australiennes m’avaient bien formé.

Premières impressions

« En Inde, tous tes sens en prennent un coup, dans le bon comme dans le mauvais » ou encore  » la vie est fade après l’Inde ». Je peux comprendre ces phrases. La vue, ça va, un petit vaccin au Népal nous y avait préparé, je trouve. Beaucoup d’ordures, des crottes de divers animaux (et autres quelques fois), partout. La misère aussi est dure à voir. Dans le beau par contre, les couleurs sont amplifiées, décuplées, tout autour de nous, et les monuments et édifices religieux sont époustouflants. 

L’ouïe par contre, c’est violent. Les klaxons étaient omniprésents au Népal, certes mais tellement atténués, normaux. En Inde la moindre mobylette a un klaxon de camion ! Et c’est en continue ! Il se servent du klaxons plus que du guidon ou du volant. Et c’est n’est pas une blague. C’est irritant au début mais nous nous y habituons assez vite.

Le toucher. Tout le monde se bouscule, pas besoin de s’excuser c’est normal il y a du monde. Ça va.

L’odorat. La nourriture est parfumé, pour le meilleur. Mais les rues sentent mauvais en général, une forte odeur d’urine et autres. Ce n’est pas toujours évident.

Le meilleur pour la fin, le goût. Verdict : 10/10. La nourriture est délicieuse. Un peu épicé souvent mais idem, nous nous y habituons. C’est vraiment trop bon et tellement diversifié après notre trek au Népal. Pour Lucile est moi il n’en faut pas plus nous sommes réconcilié avec l’Inde. Et il ne faut pas toujours rester sur les premières impressions, nous finirons par énormément aimer l’Inde au fur et à mesure du voyage. Le lendemain, direction Pushkar avec son train couchette. A nous la Pushkar Fair !