Phnom Penh : dans la prison des khmers rouges

Cambodge

Phnom Penh : dans la prison des khmers rouges

Vous avez peut-être entendu parler de l’histoire, assez récente tout de même, et dramatique du Cambodge. Il y a de cela une trentaine d’année, le pays était sous la coupe du régime des khmers rouges et de son terrible dictateur Pol Pot. Alors, le voyage, c’est aussi cela : se plonger dans l’histoire, même si elle est terrifiante. Et ici, nous parlons bien de cela : un régime mené par un dictateur paranoïaque, qui a mené à la mort un quart des habitants du pays qu’il dirige, tout cela en moins de quatre ans.

Un témoignage édifiant de cette partie de l’histoire, se trouve dans le sein même de Phnom Penh, et il s’agit du centre de détention S-21 (musée du génocide de Tuol Sleng). C’est un bâtiment qui était autrefois une école, et lors de la visite, on peut encore s’imaginer les salles de classes. Il a ensuite été transformé en prison. Entre 12000 et 20000 personnes y furent emprisonnées, et seulement 12 en sont ressorties vivantes.

En 1974, lorsque les khmers rouges ont atteint Phnom Penh, la foule était en liesse, persuadée que cela signait la fin de la guerre civile dans le pays. Après avoir été accueilli en héro, le premier ordre donné par les khmers rouges aux habitants a été de quitter la ville. La raison donnée, qui pouvait pousser tous les habitants à partir : l’arrivée imminente de bombardements américains. Alors, tous les habitants, même les malades, ont été évacués vers la campagne. Ce qu’ils pensaient être une escapade de quelques jours durera en réalité plusieurs années. Le but : rééduquer les citadins au travail de la terre, qui apporte de vraies valeurs selon le régime. Le programme est charmant : obligation de travailler, de trois heures du matin à dix heures du soir, avec une seule pause d’une demi-heure. La nourriture est servie en quantité très faible. Même cueillir une mangue peut s’avérer être perçu comme une trahison et vous valoir… la prison. Et des prisons, il y en a : pas moins de 200 centres ont été répertoriés, pour enfermer les opposants au régime, à l’Angkar : « l’organisation », et les intellectuels ! Ah ça, les khmers rouges détestent les intellectuels ! Ingénieurs, médecins, personnes qui portent des lunettes !!! Ils étaient systématiquement exécutés.

Le centre de détention S-21 à Phnom Penh emprisonne donc ces personnes, qui souvent, ne savent même pas quelle faute elles avaient commise, et sont donc dans l’incompréhension la plus totale ! Les rares habitants dans les environs de la prison la surnomme « Le lieu où l’on rentre, mais d’où l’on ne sort pas ». Elle est dirigée par le Camarade Duch, qui sera jugé en 2009 (2012), et condamné à perpétuité.

Sa visite aujourd’hui permet de s’imaginer la vie des prisonniers (ou devrais-je dire, condamnés à mort ?) dans la prison. Lorsqu’ils arrivent, ils sont dépouillés de leurs affaires et obligés de rester en sous vêtements. On leur donne un matricule associé à leur date d’entrée dans la prison. Ils sont enfermés dans des cellules : soit individuelles (une surface de même pas 2m²), soit collectives et alors ils sont enchaînés aux autres prisonniers et tenus de former une ligne droite à l’aide d’une barre en fer qui est insérée dans les chaînes. Faire leurs besoins ? Ce sera dans une bouteille, et pas question d’en mettre à côté, sinon il faudra lécher le sol. Prendre une douche ? Un grand jet d’eau à travers les barreaux de la cellule suffira ! Il y a ainsi des prisonniers qui sont trempés jusqu’à leur caleçon et d’autres qui n’ont pas reçu une goutte d’eau. Et puis le sol est trempé, mais c’est pourtant bien là qu’il faut essayer de dormir, alors on éponge avec les caleçons qu’on a sous la main. Vous imaginez bien qu’alors, beaucoup de prisonniers ont des infections de la peau et commencent à tomber malades.

Et après tout ce descriptif, nous n’avons toujours pas répondu à la question : mais pourquoi sont-ils enfermés ? Eh bien pour être torturés. Et pourquoi cela ? Eh bien pour écrire des aveux sur leur opposition au régime et donner des noms d’éventuels complices. Est-ce le cas ou non ? La recherche de la vérité n’est pas le plus important. C’est ainsi que des prisonniers confessent… n’importe quoi : oui, bien sûr qu’ils travaillent pour la CIA, pour l’ennemi, pour qui ils veulent. Ils espèrent simplement être relâchés.

Les techniques de tortures sont variées. Comme nous sommes dans une ancienne école, certains équipements scolaires sont convertis en instruments de tortures : par exemple un portique qui servait au sport est maintenant renommer « la potence » : le prisonnier a les mains liées dans le dos avec une corde qui le hisse et le descend le long du portique. Lorsque, sous la douleur, le prisonnier s’évanouit, on le fait reprendre ses esprits en lui plongeant la tête dans une jarre remplie d’eau putride et d’excréments.

D’autres tortures, comme l’arrachage des ongles, la « fausse » noyade, le fouet sont aussi pratiqués.

Mais attention, il ne faut pas que le prisonnier meurt sans avoir confessé. Alors des « infirmiers » sont chargés d’intervenir lorsque le prisonnier est à bout. Et comme tous les vrais médecins ont été faits prisonniers, torturés puis tués, et bien ce n’est pas à coup de médicaments que l’on cherche à guérir, mais plutôt en aspergeant l’individu d’eau salée qui coulent le long des plaies. Je vous laisse imaginer la douleur.

De tous ces prisonniers, il y en a certains dont l’histoire nous est parvenue.

Par exemple celle de Kerry Hamill, un néo-zélandais qui a eu le malheur, alors qu’il était en voyage de pénétrer les eaux territoriales du Cambodge avec son bateau. Emprisonné à S-21, ses confessions sont un témoignage poignant : il a par exemple indiqué à ses tortionnaires que son supérieur était le Colonel Sanders, de Kentucky Fried Chicken Fame (kFC), une chaîne populaire de restaurants. Il a aussi utilisé son numéro de téléphone fixe comme numéro d’opération de la CIA, et a mentionné plusieurs amis de la famille comme membres supposés de la CIA.

Un autre témoignage est celui d’une femme, dont la photo est restée célèbre, et un emblème des victimes des khmers rouges. Il s’agit de Bophana. C’était une jeune femme, finalement très malchanceuse. Elle était belle, avait la peau assez blanche et était un peu éduquée. Alors qu’elle était assignée au travail forcé, elle croisa le chemin d’un jeune cadre khmer rouge. Ce fut le coup de foudre, et peu de temps après, le mariage fut célébré. Mais l’officier devait rejoindre l’endroit où il avait été assigné. Alors, le jeune couple dût se séparer. L’erreur fut l’écriture de lettres d’amour entre les deux jeunes mariés. Leur communication fut interceptée par un coup de malchance, et alors que Bophana devait rejoindre son bien-aimé, elle fut arrêtée, en même temps que lui, et emprisonnée à S-21. (l’envoi de lettres personnelles était interdit, les gens ne devant plus avoir de personnalité propre, puisqu’ils faisaient tous partie d’un dessein plus grand, l’angkar et la révolution)

Il y a de nombreux autres témoignages bouleversants : la mère qui pose avec son bébé pour être prise en photo juste avant que celui-ci ne lui soit arraché, l’enfant rescapé qui voit sa mère déshumanisée à son entrée en prison. Et finalement… Finalement, ils seront tous exécutés dans des champs d’exécution. Mais une balle coûte bien trop chère pour un prisonnier, alors l’exécution se fera à coup de pioches, de pelles ou de rondins de bois sur le crâne.

Lorsque les Vietnamiens viendront libérer le pays, si on peut dire, les khmers rouges exécuteront directement dans des cellule les quatorze derniers prisonniers. Ceux ci ne pourront être identifiés et seront incinérés. Leurs cendres sont déposées dans quatorze tombes que nous pouvons voir à l’entrée. Un monument dédié aux victimes des khmers rouges est également présent à l’extérieur. Au-delà d’un simple mémorial, c’est aussi un avertissement à toutes les générations futures, pour qu’un tel drame ne se reproduise pas.

lucilemarrot

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