Turquie
Le mystère des églises de la Red Valley ou…
Une journée qui nous a particulièrement marqué en Cappadoce est lorsque nous avons décidé de monter en haut de la « Montagne Rose » que nous apercevions depuis Göreme. Nous l’appelons « Montagne Rose » car personne ne connait son nom: c’est une montagne pas très haute avec un plateau au dessus, montagne que nous voyons depuis le premier jour de notre arrivée. Pour ce faire, nous prenons un bus en direction d’Urgüp et nous demandons à nous arrêter en chemin. Pas trop loin de notre arrêt (et après avoir tout de même dû faire demi tour une fois, comme d’habitude, car le chemin que nous commencions à emprunter n’était pas le bon), nous sommes arrivés à l’endroit où débutait la Red Valley. A cet endroit, un gardien nous informe que nous devons payer : 4TL par personne. Cette entrée payante donne sur une parking avec des cafés où les gens arrivent en voiture, payent, prennent quelques photos et s’en vont. Une fois sur place, les chemins dans la montagne se dessinent et finalement l’ascension est très facile. La vue d’en haut est magnifique, surtout sur la Red Valley et la Rose Valley au loin. Nous marchons le long du sommet, parcourant la montagne sur toute sa longueur.
Nous rencontrons alors un couple polonais, qui ont un peu la même vision du voyage que nous, avec la volonté de voir de belles choses, en prenant leur temps et en randonnant. Ils sont partis de l’autre versant de la montagne pour finir dans la Red Valley. Après avoir fait un bout de chemin ensemble, nous les quittons car ils doivent prendre un bus le soir pour aller à Pamukkale.
Nous poursuivons notre route dans la Red Valley, en nous amusant bien à descendre, sur des chemins assez bien tracé (lorsqu’il n’y a plus d’empreintes de chaussures, c’est que nous nous sommes éloignés du chemin sans nous en rendre compte). Avec l’érosion, le sol est « sableux » et nous glissons très facilement, il faut donc être un peu prudent.
Comme dans toute la Cappadoce, Hicham ne résiste pas à l’envie de voir une grotte qui parait assez grande. Je le laisse grimper, et il m’appelle en me disant que c’est assez facile d’y accéder, et que ça vaut le détour. C’est là que nous croisons deux français, qui nous demandent si nous avons vu aussi l’église qui est là, juste à 10m, la Haçli Kilise : église à la Croix, du fait de la grande croix sculptée au plafond.

C’est une magnifique église, avec des peintures en meilleur état que ce que nous avons vu jusque-là. Un guide est en train de donner des explications. Nous voyant intéressés, il se tourne vers nous et répète ce qu’il était en train de dire. Il nous donne d’abord l’estimation de la date de construction de l’église : le IXème siècle. Il peut l’affirmer grâce à la taille d’une arcade au fond de l’église : plus l’arcade est grande, plus l’église est ancienne. Lorsque l’on se tourne vers elle et que l’on parle, le son s’en trouve amplifié. Cela permettait donc au prêtre d’avoir une voix plus profonde lorsqu’il lisait la bible en s’adressant au fidèles

Si les peintures sont extrêmement bien conservées, cela serait dû au fait que cette église n’ait été découverte que récemment (une vingtaine d’années), la laissant en très bon état.

Jésus au milieu est représenté entouré des quatre évangélistes.

Ce que le guide voit et nous explique, c’est que la main de Jésus est représentée de manière un peu disproportionnée. Il fait le signe des orthodoxes, mais il semble que cela ait été fait à postériori. On peut y voir aussi un endroit où la peinture a été « grattée » et où il y avait la première main peinte, certainement avec le signe catholique. La tunique même de Jésus est recouverte de traits noirs pour faire les plis, mais qui cachent également les précédentes signes et symboles qui n’étaient pas orthodoxes. Cette information est une découverte très récente de notre guide allemand, historien à la base, passionné et vivant dans la Cappadoce depuis 17 ans.
De plus, il y a une fresque en dessous avec les apôtres représentés (on peut encore lire leurs noms en grec). Les apôtres évangélistes sont représentés avec un livre dans la main, et c’est assez drôle car c’est le cas de Marc : à cette époque, on croyait que Marc l’évangéliste et Marc l’apôtre était une seule et même personne (note: dans le christianisme il y avait un Marc apôtre et un Marc évangéliste).
Sur la voûte qui sépare le chœur de l’église de la salle, on peut voir David et Salomon représenté. Dans la religion catholique, David est connu pour ses exploits lorsqu’il était jeune (son combat contre Goliath) et est donc souvent représenté jeune ; alors que Salomon est reconnu pour sa sagesse lorsqu’il était déjà un roi assez âgé : il est donc représenté plutôt vieux. Pour les chrétiens orthodoxes, c’est la généalogie qui prime, et David étant le père de Salomon, c’est lui qui est représenté comme un vieillard et Salomon qui est représenté jeune.
Nous remercions le guide pour toutes ses explications. Il demande alors à celui qui a payé pour ce tour (un américain), si ce serait bon pour lui que nous les accompagnions un peu. Il accepte et nous passons alors l’après midi en leur présence.
Le savoir du guide est impressionnant (plus grand que celui qui nous a fait faire le green tour).
Il nous explique ainsi que de nombreux pèlerins venaient dans ces lieux. Pour eux, ils croyaient que si une personne avait été enterrée ici (tombe symbolisée par une croix), alors ce devait être un saint, et à côté de la « grande » croix tracée sur la falaise, ils traçaient une plus petite croix pour ne pas être oubliés à leur mort. Une sorte de graffiti religieux.
Le guide nous décrit les nombreux monastères qui étaient installés dans la région, et en face de l’un d’entre eux, nous parle d’un mystérieux ermite qui vivait un peu plus au-dessus. Nous allons voir sa petite chambre. L’ermite savait qu’il allait mourir ici, et il a vraisemblablement creusé une croix au dessus de son lit pour être enterré directement là à sa mort. De nombreux pèlerins venaient le voir, et dans sa petite pièce, il y avait un banc fait de pierre où l’ermite se mettait à droite pour écouter les gens venir lui parler, pour donner des conseils peut être ? Si ce lieu était spirituel pour bien des gens, c’est aussi parce qu’une relique précieuse, protégée par trois coffres aurait été présente. On voit encore dans l’ermitage la place que prenait les trois coffres.
Nous finissons le tour avec le guide et l’américain, par une dernière église, mais quelle église ! Le guide la nomme la « White Church », et elle daterait du Xième siècle. L’entrée est toute petite et est cachée pour qui n’est pas averti ! Un groupe de touristes à cheval passe près de l’église, mais sans y rentrer. Le secret est bien gardé.
A l’entrée, une pierre roulante permettait de fermer l’accès aux ennemis et de trous à travers la roche permettait de faire passer des lances et de tuer tout adversaire qui chercherait à s’introduire de force. De cette petite porte, un escalier monte, et là… c’est à couper le souffle, l’église est immense, sans aucun doute, la plus grande que nous ayons vu dans la Cappadoce.

Le guide nous explique que l’église a certainement été creusée depuis l’arrière de l’église jusqu’au chœur et de haut en bas, de manière coordonnée et avec plusieurs endroits creusés en même temps. Ainsi, on peut voir que la base carrée d’un des piliers qu’ils ont creusé n’est pas orienté dans la même direction que les autres, car c’était le premier pilier à être creusé et lorsqu’ils ont continué tout droit, ils se sont aperçus qu’ils finiraient par tomber sur l’extérieur. Ils ont donc modifié légèrement la direction des piliers suivants.
Derrière l’entrée de l’église, il y a des arches près de fenêtres qui symbolisent que quelqu’un était enterré là.
Vu l’architecture de l’église, qui est plutôt de style gothique (on retrouve des arcs boutants), on peut se demander si ce n’est pas un groupe de croisés qui a décidé de s’y installer. Derrière l’escalier de l’entrée, il y a aussi une salle de stockage et à gauche du chœur, un puits qui a été bouché pour puiser de l’eau. C’est comme si les fidèles de ce lieu savaient qu’ils allaient être attaqués.
Ils n’ont d’ailleurs peut être pas pu finir la construction de leur lieu de culte : le sol n’est pas droit dans toute l’église, avec un gros monticule à un endroit par exemple. Au niveau des piliers, on peut également voir qu’ils voulaient les lier en haut par des poutres en bois. Ils ont eu le temps de creuser à deux endroits l’insert de la poutre en bois, mais pas sur les autres piliers.
Dans la salle à droite du chœur, il y avait peut être une relique précieuse, qui expliquerait également pourquoi l’entrée de l’église était si petite : les personnes autorisée à rentrer dans l’église étaient triées sur le volet et devait attendre avant de pouvoir toucher la relique.
Au fond du chœur, on pouvait voir un siège un peu surélevé par rapport aux autres, comme si le chef de culte était adoré (à la manière d’une secte peut être), et comme s’il avait tout pouvoir sur les fidèles.
Un habitant aurait dit au guide que c’était son grand père qui aurait découvert l’endroit. Il était pleins d’os : y aurait-il eu une fin tragique ? Le guide soupçonne qu’en tout cas, le grand-père aurait jeté les os dans le puits et aurait comblé ensuite de pierres venant des murs de l’église, par peur des fantômes qui pourraient hanter ce lieu. Une hypothèse.
Néanmoins, cette visite était incroyable en tout point et nous ne remercierons jamais assez Bernd Junghans de nous l’avoir offerte. Avec lui nous étions comme Indiana Jones à élaborer des hypothèses sur ce qui est arrivé, ce que les endroits cachaient… son savoir est une mine d’or et il n’hésite pas à le partager. Notre ami américain nous a donné une manière de le contacter pour réserver une visite guidée de la Cappadoce pour un prochain séjour en Turquie, n’hésitez à le contacter via Facebook :













