Le Camel Safari et le chamelier Inde

Le Camel Safari et le chamelier

Le Camel Safari

Lucile m’a dit, essaye de ne pas être trop trop négatif. Donne les points positifs, les faits. V’là la censure quoi ! Je vais faire de mon mieux.

Jaiselmer, la jaune, les portes du désert du Rajasthan, son fort. Au delà de sa forteresse habitée et de ses couchers de soleil majestueux, c’est aussi le lieu d’une activité phare dans cette région : le Camel Safari, ou autrement dit, le tour en chameau (l’autre activité est de compter le nombre d’avions de chasse, eh oui, c’est la frontière avec le Pakistan). Dès qu’on nous en avait parlé , les yeux de Lulu brillaient en me regardant comme une enfant « on peut le faire » . Moi : c’est combien ? Lulu: un peu cher. Moi : combien ? En plus je suis marocain et je ne l’ai jamais fait au bled, c’est une insulte à mon pays ! Lulu : je ne connais pas le prix encore.

Les couchers de soleil de Jaiselmer

De toute manière je savais qu’on allait le faire, on est en tour du monde, c’est pas tous les jours que l’on se trouve perdu à des milliers de kilomètres de la maison avec la possibilité de faire un tour en chameau.

Négociation

Négociation comme d’habitude, les filles sont très enclines à le faire sur 3 jours. Pourquoi pas. Le chamelier arrive à l’hôtel, nous explique le déroulé : visite d’un lac, d’un village fantôme, puis chameau, puis manger, puis chameaux, puis manger, puis dodo à la belle étoile. Deuxième jour à peu près pareil avec visite de village musulman hindou. Belle étoile. Troisième jour au choix avec retour village.

Parfait ça sonne bien ! Combien ? 3000 roupies par personnes, soit 1000 par jour comme on nous l’avait dit. Super ! Non, non. C’était 3000/jour/personne. Ah! (Denis Brognard RPZ)

C’est mort, c’est hors budget. Plus de 200€ pour Lucile et moi, ce n’était pas possible.

Si on veut faire un tour plus touristique (avec plein de gens qui font du bruit et la fête) ça descend à 2000. Ça ne va pas. On lui dit que c’est cher et que l’on doit réfléchir. Il attend devant nous pendant la discussion. Les filles cherchent des tarifs sur internet pour comparer. Personne ne dit plus rien. Je me lance et lui dit que c’est hors budget et de ne pas nous attendre car nous irons en ville pour comparer et prendre la meilleure offre.

Quel est votre prix ? nous demande t’il. Je lui dit que c’est trop bas et que je n’ose pas lui dire. Il me dit d’y aller quand même. Je lui dit 5000 pour la total en non touristiques. Il est choqué, reste calme et fait un non de la tête. Il veut descendre à 7000 au lieu de 9000 pour les 3 jours. Mais je ne négocie pas, les 5000 c’est notre budget max par personne. Je lui dis désolé. Nous passons donc à autre chose.

Du moins, c’est ce que je pensais. Il revient vers moi une minute plus tard et me dit ok si le boss est ok car il ne veut pas perdre un groupe de 4 clients. Quoi ??? Nous sommes tous les quatre étonnés de la réponse. Elles me regardent et je comprends: Négociation Level 3 Completed ! (avec musique de jeu vidéo dans la tête). Le boss est ok, nous partons le lendemain et sommes priés de ne pas dire le prix au couple sensé venir avec nous. Voilà. Préparer des vêtements chauds et longs. C’est tout. A demain. Nickel.

Camel Safari jour 1

Rendez vous à 8h pour démarrer notre périple. Notre chamelier nous annonce qu’il s’occupera du couple qui était sensé être avec nous et que nous le reverrons le soir au campement. Ça sent le changement de plan suite au changement de tarif. Nous verrons. Le 4×4 prend la route direction le désert. Musique à fond dans la voiture, Lucile est assise dans le coffre dans une direction perpendiculaire à la notre. Nous arrivons au premier stop. Le lac est petit, l’arrêt fait un peu : voilà, un lac, prenez des photos. C’est bizarre. Pas d’histoire, de légende… Ou quelque chose, n’importe quoi ! C’est pas grave on va faire le tour du lac ça sera déjà ça.

Bonne surprise au final. Le lac est bondé de grenouilles Jésus. Je les appelle comme ça car elles tapent des sprints sur l’eau quand on approche. Le lac grouille aussi d’oiseaux magnifiques. Une sorte de gros martin pêcheur rouge se pose près de nous. Je regrette tellement la panne de mon appareil photo. D’autres encore avec des crêtes nous survolent. Il y en a partout. Tous magnifiques. Je me dis que je reviendrai un jour pour les photographier. Mais si je le faisais vraiment à chaque fois que je le disais, il faudrait plusieurs vie pour tout revoir. On remballe, Coralie roule un peu le 4×4, la classe. Direction le village fantôme.

Nous arrivons au pied d’une forteresse. Ici des paons nous accueillent à cris de Léon ! C’est beau. Il n’y a rien à voir dans la forteresse à part les paons mais c’est déjà ça . Une fois dans la forteresse il nous demande de regarder par la fenêtre. Là, nous découvrons avec surprise un village en ruine comme si une tempête était passé il y’a des dizaines d’années. Que s’est-il passé nous demandons ?. Prenez des photos et je vous dirais dans le voiture. Ok. En Inde on commence à comprendre leur vision du tourisme. C’est pas grave. Photo. Voiture.

L’histoire de ce village est qu’un jour un pakistanais musulman est tombé amoureux d’une hindi du village. Elle aussi est très amoureuse, ils décident donc de ce marier. Malheureusement entre le système de caste et la religion, rien ne va plus. La famille de la jeune fille est contre. L’homme retourne à son village mais dans son cœur sa décision est prise. Il va l’épouser. Il retourne donc le lendemain au village de la jeune fille pour prendre sa main quoi qu’il arrive.

Quand il arrive, c’est l’effroi. Le village est désert, les maisons et les biens sont abandonnés, tout est resté sur place, sauf la population qui a disparue entièrement en une nuit (dans le but d’empêcher ce mariage?!?). On ne les a jamais retrouvés, tout comme l’homme avec sa dulcinée. On raconte que si on passe la nuit dans ce village, ou pourrait y entendre des voix.

Bof ! On est d’accord. En plus cette histoire a constamment été interrompu par les coups de téléphone de notre chamelier ce qui nous avait bien fait rire.

Prochaine étape les chameaux !

La voiture s’arrête dans un champ. Nous attendons, le conducteur et le chamelier sont au téléphone ils ne nous disent rien. Ça fait scène de film avec des gangster. je fais la mauvaise blague aux filles qu’une autre voiture va arriver et qu’ils vont nous mettre un sac sur la tête pour ne pas voir où on va. Arrête ! Me disent-elles. Je regarde trop la télé.

Il redémarre et se dirige vers notre nouveau chamelier. Bobby. Il est là avec 4 chameaux. En comptant le chamelier nous sommes 5. Nous avons convenu à l’avance que le chamelier ait son chameau et qu’ils soient deux par mesure de sécurité, conseil vu sur le routard. Ça n’arrivera jamais. Passons. On nous donne nos turbans, qui était un de leur argument marketing. V’là la chute de filet synthétique couleur flashy pour turban. Il ne fera pas long feu sur ma tête. Le chamelier récupère l’eau et la nourriture, les place à l’arrière du plus gros chameau et hop c’est le décollage pour nous. C’est littéralement ce qui arrive, le chameau est si haut ! Trop bien.

Nous sommes balancés d’avant arrière c’est très physique je trouve. En plus il n’y a pas d’étriers. Tout mon poids repose uniquement sur l’entrejambe. C’est douloureux. Je tiens bon je pousse sur mes mains sur la selle pour réduire mon poids mais bon. En fouillant sur le chameau je trouve deux cordes qui semblent former des étriers. Je suis sauvé pour les 3 quarts d’heure suivants. Je profite du paysage qui n’est pas très joli : une ou plusieurs pistes, un terrain plutôt plat avec des toutes petites habitations disposées ça et là. C’est une grande campagne aride où l’on fait paître les bêtes avec le peu de végétation qu’il y a. Et surtout, tout au tour de nous à 365°, un champ d’éoliennes. Nous sommes tous silencieux sur nos chameaux. Chacun est dans son moment désert, son moment introspection ou contemplation. Je regarde le désert et pendant ces deux heures de balade silencieuse je pense à l’alchimiste. Il est là tranquille en à admirer et faire partie du paysage. Moment mystique de folie pour lui, il va même se transformer en vent!

Je suis loin de son niveau. J’ai plutôt passé les deux heures à me demander qu’est ce qu’on fait là ? Est ce que c’est ce champs d’éoliennes ce qu’il appelle désert ? C’est pas possible? Et si c’était vraiment ça il faut que j’en profite malgré tout . Facile à dire , j’ai l’impression de mettre fait arnaquer par le premier chamelier. Deux heures à se dire qu’on s’est peut être fait arnaqué mais que maintenant qu’on est là autant en profiter mais quand même … C’était ça principalement, mon moment introspection. Pas terrible.

Le désert

Je ne me suis pas transformé en vent.

Nous nous arrêtons. Bobby installe un camp à l’ombre sous un arbre. Il va vers un autre arbre et installe sa cuisine : légumes, plateau, sucre, sel, épice, et en guise de gazinière, feu de camp. La classe ! D’autres chameliers le rejoignent. J’essaye de rester avec eux pour échanger un peu mais bon après plusieurs réponses courtes à chacune de mes questions je retourne de l’autre côté avec les filles en mode sieste. Bobby est trop cool, il nous apporte des chips, qu’on ne s’est pas privé de critiquer en les comparant à du polystyrène. Mais il les avait réchauffés au feu et nous avions faim, malgré les critiques après 2 minutes il ne restait plus rien. Les fruits arrivent ensuite pour continuer de patienter. Enfin arrive les repas, délicieux. Il nous a fait un petit curry mieux qu’au resto, sur le sol, avec ses 3 bouts de bois. La classe ! C’est trop bon ! Par contre ça ne nous suffit pas, nous prions pour en avoir plus le soir. Prière exhaussée nous n’aurons plus jamais faim pour le reste du séjour. C’est dommage Bobby ne mange pas avec nous.

Comme d’habitude

Pendant le repas nous nous posons les questions sur notre premier ressenti. On est d’accord que ce n’est pas le Sahara mais nous nous accordons tous sur le point positif : ici nous n’entendons pas de klaxons et personne ne vient nous importuner. Conclusion : mal aux fesses, trop d’éoliennes, mais quel bonheur d’être au calme. Je demande au chamelier si c’est ça le désert, il me répond que oui, les éoliennes sont arrivées il y a 3 ans depuis c’est quasiment partout comme ça . Je n’ai jamais été autant déçu de voir des énergies « vertes » proliférer.

Après manger et siester, nous levons le camp direction notre dune pour camper ce soir. Rachel a plus souffert que moi au niveau des frottements du chameau, mais elle va tenir le coup.

Bobby a un chameau, un de ces amis lui en a amené un après que nous lui ayons demandé pourquoi il était à pied. Mais sur quelques centaines de mètres . Il redescend, l’attache au mien. Il nous explique qu’il préfère largement marcher. Tu m’étonnes ! Je commence à hésiter aussi. En fait, la vrai raison c’est qu’après nos trois jours de ballades il va se farcir 40km à dos de chameaux en galopant pour retourner chez lui. Aïe. Je comprends mieux la marche. Il ajoute même que la marche est son moment repos. Difficile à comprendre entre la chaleur, le soleil et la fatigue.

Moins d’éoliennes. Le soleil ne va tarder à se coucher. La ballade se termine sur une dune de sable devant nous qui sort de nulle part . Mais vraiment ! Au milieu de ce champ aride, Paf ! une vrai belle et grande dune de sable. C’est magnifique , notre petit Sahara. Nous nous y arrêtons. Campement. Nous nous posons sur les dunes pour observer le coucher de soleil. Le calme. Enfin presque, l’Inde revient à nous quand deux musiciens avec leurs instruments se posent devant nous pour faire de la musique, il faut bien vivre. Mais nous refusons. Ils s’en fichent et restent nous faire la musique pour  » le son de bienvenue dans le désert » . On se regarde tous avec la même idée. Le son du désert c’est le silence. Il joue une chanson, je racle les poches pour y trouver quelque roupies . Je leur tends et là ils rient, à la limite de me les jeter à la figure. Pas besoin de parler hindi pour comprendre qu’ils le prennent comme une insulte. Ils se lèvent en me faisant comprendre que c’est rien du tout que j’ai donné. Je dis que j’ai rien d’autre, de toute manière nous n’en voulions pas de musique . Ça a eu le mérite de les faire partir, sur un mauvais sentiment, on n’est pas rentable comme touriste . Les filles me remercient de les avoir fait partir.

Coucher de soleil magique , on ne voit plus les éoliennes, masala tea dans les dunes. Le bonheur. Le soir discussion métaphysique autour d’un repas copieux, Bobby à l’écart encore une fois malheureusement. Discussion initiée par un message de mon grand frère qui dit « c’est comment l’Inde ? « . On a du débattre sur ce sujet pendant deux heures autour du feu.

Après le repas, une couverture en dessous contre le sable, une couverture au dessus et voilà notre nuit à la belle étoile, couchés 21h. Le bonheur de s’endormir en comptant les étoiles. Je dors malgré tout difficilement mon sol est penché. Je galère toute la nuit mais je me réveille en forme, comme après chaque nuit que je passe dehors étrangement.

Camel Safari jour 2

Réveil avec le lever du soleil. Parfait timing paysage magnifique. Petit déj plus que complet et petit feu de camp pour me réchauffer ( en fait c’était plus pour jouer que je me suis fait un feu mais bon ). La vie est belle quand on se réveille dans ce désert. D’ailleurs on prend tout à la rigolade ce jour là. Entre les pansements au derrière d’une certaine personne et la recherche des chameaux de Bobby qui a duré très, très longtemps, (ils sont partis se promener loin cette nuit, malgré leur entrave aux pattes), c’était plutôt drôle.

Une fois en route c’est la même rigolade. On voit Bobby faire des zigzags sur la route et les dunes, c’est beau mais on est clairement en train de se faire balader, on est mort de rire. J’essaye de me repérer comme je peux avec le soleil, un coup à droite un coup à gauche, en plus Bobby tient les chameaux en laisse. Il nous balade comme des petits chiens. Ça nous fait délirer et complètement remettre en question le concept de Camel Safari que j’avais en tête : le désert ! Terre d’aventure, 3 jours à le traverser, d’objectif en objectif , survivrons-nous à ses dangers ? Alors qu’en fait on nous promène, nous nourrit, on nous balade. Drôle de sensation.

Quand nous avions réservé ce tour le deuxième jour devait contenir la visite d’un village musulman et d’un village hindou. Nous le disons à Bobby qui l’apprend à cet instant . Il dit ok. Nous emmène dans un village perdu et nous dit : voilà , c’est village musulman allez faire un tour et après on y va. Bon, ok. Encore une fois on n’a pas la même idée du guide entre la France et l’Inde. Mais bon, après le nuit à la belle étoile , on le prend encore à la rigolade. Un enfant vient vers nous. Comme tout les enfants, on leur a appris à demander aux touristes soit des roupies, soit des stylos. Lui c’est les stylos, puis du chocolat. On n’a ni l’un ni l’autre. Chocolat j’aurais bien voulu mais bon on n’en pas trop acheté en Inde.

Deux minutes au village , une photo des greniers et hop on se tire , si rien n’est expliqué ça ne sert a rien. Entre la barrière de la langue et l’absence d’introduction c’est pas évident.

Le soir, c’est une nouvelle dune qui nous attend, un petit abri avec 4 lits de camps sont disponibles, je ne dit pas non. En plus la pluie nous a rejoint la nuit. Mais pas que la pluie.

Tout le monde était parti se coucher vers 21h30 et pour moi une petite pause toilette s’imposait. A mon retour dans le noir total je distingue une grande ombre qui me parle un peu éloigné du campement. C’est Bobby. Il me dit qu’on se couche très tôt. Je confirme. Il veut discuter un peu avec moi. Trop bien ! Enfin ! je suis trop content, après deux jours passés ensemble. Je préviens les filles si elle veulent se joindre à nous. Deux sont déjà en train de dormir la troisième ne sortira pas de sa couette. Soit. Discussion entre hommes.

Notre conversation va m’ouvrir un peu les yeux sur la vie dans cette partie du Rajasthan. Il me demande d’abord dans quel pays il pourrait aller pour gagner assez d’argent pour revenir acheter ses propres chameaux. Cet homme travaille pour les organisateurs de ce type d’excursions, il fait deux à trois sorties comme la nôtre par semaine en pleine saison , mais ni l’entreprise ni les chameaux de lui appartiennent. Il n’est donc pas rémunéré directement par nos tarifs mais a un salaire fixe mensuel pour toutes les excursions qu’il fait de …3000 roupies. Soit un peu plus de 30,€ par mois ! Nous venons de payer chacun 5000 roupies pour ces 3 jours soit 20000 d’un coup, cela veut dire qu’il n’en touchera que 300. Un peu plus de 3€ en 3 jours. Voilà c’est dit.

Il n’a pas eu d’éducation et ne sait faire que chamelier. Donc l’idée est de savoir dans quel pays il pourrait travailler pour avoir assez d’argent pour s’acheter ses propre chameaux. Je n’ai pas de vrai réponse à lui donner. L’Europe, le Canada, l’Australie n’importe de notre côté du monde en fait. En quelque mois ils peut avoir toute une ribambelle de chameaux en fait. A Pushkar un chameau valait maximum 45000 roupies , même pas le prix de mon reflex, un demi Iphone. Je ne sais pas quoi lui répondre. N’importe où si tu arrives à partir en fait. C’est chaud. Notre concept de misère à la française est remis en question. Et encore ! Il fait parti de ceux qui ont un salaire en Inde.

Je lui demande alors comment tu fais pour vivre avec si peu ? Il me répond que dans sa maison avec ses frères, sœurs et parents, il arrive à faire rentrer en tout 9000 roupies dans les bons mois, pour 9 personnes. Il me dit aussi que les légumes sont chers. Qu’il n’en mangeait pas souvent (je pense alors à nos pubs pour les 5 fruits et légumes). Que la base de l’alimentation était le riz et les lentilles. Bien que les lentilles coûtent plutôt cher, il me fait comprendre que quand il n’y a pas assez d’argent, il y a plus d’eau dans la soupe de lentilles. Là c’est la taille de mon estomac qui est remis en question.

C’est la première fois qu’un indien me présente les réalités économiques de la vie. A manger au resto tous les jours et à vivre à l’hôtel, un petit monde nous sépare entre touristes et locaux. Je m’endors donc avec cette pensé, et le bruit du vent qui s’abat sur notre bâche qui nous sert d’abri.

Camel Safari jour 3

Petit déjeuner copieux dans lequel je raconte ma soirée précédente. Retour au 4×4 et au revoir à Bobby, non sans penser à la vie qui va continuer au même rythme pour lui, sans réel espoir de la changer, et à notre vie qui nous attend en France, pas si compliquée au final. Retour à Jaiselmer, au klaxon. C’est l’heure du repos dans un lit moelleux pour nous.

La ballade était sympa. Le safari n’en est pas un, d’autres groupes ont trouvé pour moins cher avec des spectacles et autre sur les dunes. Pour nous ça nous allait. On ne refera pas forcément mais c’est bien de savoir qu’une ballade à dos de chameau, et bien ça fait mal aux fesses.

Turquie

Le mystère des églises de la Red Valley ou…

Une journée qui nous a particulièrement marqué en Cappadoce est lorsque nous avons décidé de monter en haut de la « Montagne Rose » que nous apercevions depuis Göreme. Nous l’appelons « Montagne Rose » car personne ne connait son nom: c’est une montagne pas très haute avec un plateau au dessus, montagne que nous voyons depuis le premier jour de notre arrivée. Pour ce faire, nous prenons un bus en direction d’Urgüp et nous demandons à nous arrêter en chemin. Pas trop loin de notre arrêt (et après avoir tout de même dû faire demi tour une fois, comme d’habitude, car le chemin que nous commencions à emprunter n’était pas le bon), nous sommes arrivés à l’endroit où débutait la Red Valley. A cet endroit, un gardien nous informe que nous devons payer : 4TL par personne. Cette entrée payante donne sur une parking avec des cafés où les gens arrivent en voiture, payent, prennent quelques photos et s’en vont. Une fois sur place, les chemins dans la montagne se dessinent et finalement l’ascension est très facile. La vue d’en haut est magnifique, surtout sur la Red Valley et la Rose Valley au loin. Nous marchons le long du sommet, parcourant la montagne sur toute sa longueur.

Nous rencontrons alors un couple polonais, qui ont un peu la même vision du voyage que nous, avec la volonté de voir de belles choses, en prenant leur temps et en randonnant. Ils sont partis de l’autre versant de la montagne pour finir dans la Red Valley. Après avoir fait un bout de chemin ensemble, nous les quittons car ils doivent prendre un bus le soir pour aller à Pamukkale.

Nous poursuivons notre route dans la Red Valley, en nous amusant bien à descendre, sur des chemins assez bien tracé (lorsqu’il n’y a plus d’empreintes de chaussures, c’est que nous nous sommes éloignés du chemin sans nous en rendre compte). Avec l’érosion, le sol est « sableux » et nous glissons très facilement, il faut donc être un peu prudent.

Comme dans toute la Cappadoce, Hicham ne résiste pas à l’envie de voir une grotte qui parait assez grande. Je le laisse grimper, et il m’appelle en me disant que c’est assez facile d’y accéder, et que ça vaut le détour. C’est là que nous croisons deux français, qui nous demandent si nous avons vu aussi l’église qui est là, juste à 10m, la Haçli Kilise : église à la Croix, du fait de la grande croix sculptée au plafond.

Croix au plafond de l’église

C’est une magnifique église, avec des peintures en meilleur état que ce que nous avons vu jusque-là. Un guide est en train de donner des explications. Nous voyant intéressés, il se tourne vers nous et répète ce qu’il était en train de dire. Il nous donne d’abord l’estimation de la date de construction de l’église : le IXème siècle. Il peut l’affirmer grâce à la taille d’une arcade au fond de l’église : plus l’arcade est grande, plus l’église est ancienne. Lorsque l’on se tourne vers elle et que l’on parle, le son s’en trouve amplifié. Cela permettait donc au prêtre d’avoir une voix plus profonde lorsqu’il lisait la bible en s’adressant au fidèles

Arcade et peintures

Si les peintures sont extrêmement bien conservées, cela serait dû au fait que cette église n’ait été découverte que récemment (une vingtaine d’années), la laissant en très bon état.

Peintures

Jésus au milieu est représenté entouré des quatre évangélistes.

Jésus et les 4 évangélistes

Ce que le guide voit et nous explique, c’est que la main de Jésus est représentée de manière un peu disproportionnée. Il fait le signe des orthodoxes, mais il semble que cela ait été fait à postériori. On peut y voir aussi un endroit où la peinture a été « grattée » et où il y avait la première main peinte, certainement avec le signe catholique. La tunique même de Jésus est recouverte de traits noirs pour faire les plis, mais qui cachent également les précédentes signes et symboles qui n’étaient pas orthodoxes. Cette information est une découverte très récente de notre guide allemand, historien à la base, passionné et vivant dans la Cappadoce depuis 17 ans.

De plus, il y a une fresque en dessous avec les apôtres représentés (on peut encore lire leurs noms en grec). Les apôtres évangélistes sont représentés avec un livre dans la main, et c’est assez drôle car c’est le cas de Marc : à cette époque, on croyait que Marc l’évangéliste et Marc l’apôtre était une seule et même personne (note: dans le christianisme il y avait un Marc apôtre et un Marc évangéliste).

Sur la voûte qui sépare le chœur de l’église de la salle, on peut voir David et Salomon représenté. Dans la religion catholique, David est connu pour ses exploits lorsqu’il était jeune (son combat contre Goliath) et est donc souvent représenté jeune ; alors que Salomon est reconnu pour sa sagesse lorsqu’il était déjà un roi assez âgé : il est donc représenté plutôt vieux. Pour les chrétiens orthodoxes, c’est la généalogie qui prime, et David étant le père de Salomon, c’est lui qui est représenté comme un vieillard et Salomon qui est représenté jeune.

Nous remercions le guide pour toutes ses explications. Il demande alors à celui qui a payé pour ce tour (un américain), si ce serait bon pour lui que nous les accompagnions un peu. Il accepte et nous passons alors l’après midi en leur présence.

Le savoir du guide est impressionnant (plus grand que celui qui nous a fait faire le green tour).

Il nous explique ainsi que de nombreux pèlerins venaient dans ces lieux. Pour eux, ils croyaient que si une personne avait été enterrée ici (tombe symbolisée par une croix), alors ce devait être un saint, et à côté de la « grande » croix tracée sur la falaise, ils traçaient une plus petite croix pour ne pas être oubliés à leur mort. Une sorte de graffiti religieux.

Le guide nous décrit les nombreux monastères qui étaient installés dans la région, et en face de l’un d’entre eux, nous parle d’un mystérieux ermite qui vivait un peu plus au-dessus. Nous allons voir sa petite chambre. L’ermite savait qu’il allait mourir ici, et il a vraisemblablement creusé une croix au dessus de son lit pour être enterré directement là à sa mort. De nombreux pèlerins venaient le voir, et dans sa petite pièce, il y avait un banc fait de pierre où l’ermite se mettait à droite pour écouter les gens venir lui parler, pour donner des conseils peut être ? Si ce lieu était spirituel pour bien des gens, c’est aussi parce qu’une relique précieuse, protégée par trois coffres aurait été présente. On voit encore dans l’ermitage la place que prenait les trois coffres.

Nous finissons le tour avec le guide et l’américain, par une dernière église, mais quelle église ! Le guide la nomme la « White Church », et elle daterait du Xième siècle. L’entrée est toute petite et est cachée pour qui n’est pas averti ! Un groupe de touristes à cheval passe près de l’église, mais sans y rentrer. Le secret est bien gardé.

A l’entrée, une pierre roulante permettait de fermer l’accès aux ennemis et de trous à travers la roche permettait de faire passer des lances et de tuer tout adversaire qui chercherait à s’introduire de force. De cette petite porte, un escalier monte, et là… c’est à couper le souffle, l’église est immense, sans aucun doute, la plus grande que nous ayons vu dans la Cappadoce.

Une des rares photos prises de la White Church

Le guide nous explique que l’église a certainement été creusée depuis l’arrière de l’église jusqu’au chœur et de haut en bas, de manière coordonnée et avec plusieurs endroits creusés en même temps. Ainsi, on peut voir que la base carrée d’un des piliers qu’ils ont creusé n’est pas orienté dans la même direction que les autres, car c’était le premier pilier à être creusé et lorsqu’ils ont continué tout droit, ils se sont aperçus qu’ils finiraient par tomber sur l’extérieur. Ils ont donc modifié légèrement la direction des piliers suivants.

Derrière l’entrée de l’église, il y a des arches près de fenêtres qui symbolisent que quelqu’un était enterré là.

Vu l’architecture de l’église, qui est plutôt de style gothique (on retrouve des arcs boutants), on peut se demander si ce n’est pas un groupe de croisés qui a décidé de s’y installer. Derrière l’escalier de l’entrée, il y a aussi une salle de stockage et à gauche du chœur, un puits qui a été bouché pour puiser de l’eau. C’est comme si les fidèles de ce lieu savaient qu’ils allaient être attaqués.

Ils n’ont d’ailleurs peut être pas pu finir la construction de leur lieu de culte : le sol n’est pas droit dans toute l’église, avec un gros monticule à un endroit par exemple. Au niveau des piliers, on peut également voir qu’ils voulaient les lier en haut par des poutres en bois. Ils ont eu le temps de creuser à deux endroits l’insert de la poutre en bois, mais pas sur les autres piliers.

Dans la salle à droite du chœur, il y avait peut être une relique précieuse, qui expliquerait également pourquoi l’entrée de l’église était si petite : les personnes autorisée à rentrer dans l’église étaient triées sur le volet et devait attendre avant de pouvoir toucher la relique.

Au fond du chœur, on pouvait voir un siège un peu surélevé par rapport aux autres, comme si le chef de culte était adoré (à la manière d’une secte peut être), et comme s’il avait tout pouvoir sur les fidèles.

Un habitant aurait dit au guide que c’était son grand père qui aurait découvert l’endroit. Il était pleins d’os : y aurait-il eu une fin tragique ? Le guide soupçonne qu’en tout cas, le grand-père aurait jeté les os dans le puits et aurait comblé ensuite de pierres venant des murs de l’église, par peur des fantômes qui pourraient hanter ce lieu. Une hypothèse.

Néanmoins, cette visite était incroyable en tout point et nous ne remercierons jamais assez Bernd Junghans de nous l’avoir offerte. Avec lui nous étions comme Indiana Jones à élaborer des hypothèses sur ce qui est arrivé, ce que les endroits cachaient… son savoir est une mine d’or et il n’hésite pas à le partager. Notre ami américain nous a donné une manière de le contacter pour réserver une visite guidée de la Cappadoce pour un prochain séjour en Turquie, n’hésitez à le contacter via Facebook :

https://www.facebook.com/bernd.junghans

Turquie

Moments féeriques en Cappadoce

Après une nuit passée dans un bus faisant le trajet Istanbul- Göreme, le paysage change soudainement et nous sentons l’effervescence monter : nous arrivons dans la Cappadoce. Nous voyons au loin deux-trois montgolfières qui sont encore présentes dans le ciel. C’est une des attractions majeures de ce lieu enchanteur. Première impression : La ville de Göreme s’est directement incorporée dans un décor fait de cheminées de fée, de cônes, en creusant ces étranges pics. La ville est clairement tournée vers le tourisme, mais conserve un vrai charme.

Nous n’avons pas réservé d’hôtel en arrivant d’Istanbul, donc c’est la première chose à laquelle nous nous attelons. Ce ne sera pas très dur, et pour 175 TL, nous trouverons une chambre dans un endroit plutôt privilégié dans Göreme : Ufuk Pensiyon (prononcé « Oufour »). Nous y resterons 7 nuits (soit huit jours), ce qui fait de nous des personnes un peu atypiques puisque la durée normale de séjour est de deux jours : le temps de voir les montgolfières au lever du jour (6h du matin) et de repartir (je trouve ça très triste).

Uchisar, ville voisine de Göreme

La région a beaucoup à offrir et beaucoup de réponses à apporter : comment ce sont formées les cheminées de fées, les cônes par exemple ? Ce serait la faute de deux volcans Hasan Dagi et Erciyes Dagi, qui après être entrés en éruption, ont laissé l’eau faire son travail. Elle a formé les étranges cônes, creusé des vallons, qui encore plus surprenant, se sont drapés de différentes couleurs, si bien que lorsque l’on change de vallées, un paysage complétement différent apparaît.

On nomme ces vallées d’après leurs caractéristiques principales :

  • Love Valley
  • White Valley
  • Red Valley
  • Rose Valley
  • Pigeon Valley

Dans chacune d’entre elles, il y a de nombreux arbres fruitiers. C’est un peu difficile de faire la différence entre ceux qui appartiennent à des fermiers locaux et ceux qui sont laissés à l’abandon. On s’est donc servi en raisin et en pommes.

Le propriétaire de l’hôtel nous avait dit de ne pas hésiter, que ces fruits seraient gâchés sinon.

Dans toutes les vallées (dans toute la Turquie en réalité), à intervalles réguliers, il y a des cafés qui vendent des jus de fruits frais pressés (oranges et grenades pour la plupart) et du thé.

Lors de notre première balade, dans la Red Valley, nous nous sommes arrêtés dans un tel café et avons pris deux jus à un homme. Nous avons rejoint une néo-zélandaise qui apprenait le turc et était à Gorëme depuis un an déjà et communiquait avec deux femmes. Nous nous sommes joints à la conversation et une des femmes a tenu à me mettre un foulard sur la tête. Je l’ai laissé faire, mais il s’est rapidement enlevé comme il n’était pas très serré. La femme néozélandaise m’a alors demandé si j’aimais bien le foulard car je l’avais enlevé bien vite et traduisit ensuite que la femme turque voulait savoir si je comptais lui acheter le foulard. Après cela, je n’étais plus très à l’aise, me sentant plus dans une relation vendeur-acheteur.

Néanmoins, grâce à la femme néo-zélandaise, la femme turque et son mari nous invitèrent à visiter leur jardin, dans lequel ils faisaient pousser des tomates, des piments (Hicham a été le seul à tenter l’expérience). Ils récoltent aussi des noix, des pommes, des coings.

Ces arbres-là, on les retrouve dans toute la Cappadoce, avec des vignes aussi car ils font du vin !

Les gens sont très généreux. Par exemple, on a reçu deux fois des noix qui étaient en train d’être cueillies.

J’ai un autre exemple de générosité, complètement différent. Il faut savoir que parmi les activités touristiques à Gorëme, à part les chevaux et les montgolfières (tôt le matin, c’est magnifique), il y a… les quads. Une fois, nous sommes rentrés tard de la vallée blanche : la nuit allait tomber et nous en avions encore pour une heure de marche. L’heure du coucher de soleil est précisément une des heures phares des activités touristiques puisque les paysages sont magnifiques à cette heure là. Arrive alors un groupe de quads (montés par des turcs qui devaient ramener les engins à leur lieu de stationnement). Parmi le groupe, les deux premiers s’arrêtent et disent « Gorëme ? ». Nous nous exclamons : « Yes ! » Et ça y est, ils nous proposent de monter et c’est une ballade qui commence (un peu violente avec la poussière dans le nez et les yeux). Vous vous imaginez bien que ce n’était pas la promenade traditionnellement proposée aux touristes qui suivent lentement et gentiment leurs guides ! Ici, nous avions affaire à des habitués qui n’avaient pas peur de la vitesse, ni des bosses, ni de faire la course ! Pas besoin de vous dire à quel point se fut une expérience forte en émotion et inoubliable ! Meilleur quad stop du monde !