Inde
Udaipur ou la fière cité (City Palace)
Quitte à voyager en Inde, autant vivre l’expérience à fond et quel meilleur endroit que le Rajasthan pour cela ! Cela promet de découvrir l’Inde historique, une autre Inde que celle devenue indépendante de la couronne britannique, après la protestation pacifique menée par Gandhi. Et effectivement, c’est une Inde complètement différente que nous découvrons : celle des rois (Rajasthan signifie « Pays des Rois ! »)
Udaipur est, peut-être, la plus fière d’entre elles, mais avant d’en expliquer la raison, laissez-nous faire un petit résumé de l’histoire de la région (que nous ne connaissions pas d’ailleurs, avant d’y venir, à part la partie sur la colonisation).
Le Rajasthan a depuis toujours été une région disputée, par différents peuples. Cependant, de ce que nous avons compris, ce furent les Rajpoutes qui conquièrent durablement la région du Rajasthan et y installèrent leurs palais et leurs royaumes. Toutefois, à partir du VIIIème siècle, des peuples en provenance de l’Afghanistan arrivèrent par le Nord Ouest de l’Inde (donc le Rajasthan) et de nombreuses batailles éclatèrent ! Les disputes entre Maharrajas leur permirent de s’imposer, et les premières dynasties musulmanes prirent le pouvoir… malheureusement pas toujours de manière éclairée… Elles cherchèrent à imposer leur culture et à convertir les hindous à l’islam. De nombreux temples hindous furent détruits à cette époque.
Heureusement, peut-on dire, les Moghols, un peuple de religion musulmane également, prirent le pouvoir en Inde à partir du XVIème siècle, et eurent une vision plus tolérante des choses. Akbar, le petit fils de Babur, fondateur du grand royaume Moghol, prôna cette tolérance et les hindous purent reprendre la main sur leur culture, leur religion et leurs rites.
C’est donc dans le contexte de ces incessantes conquêtes et affrontements que nous allons découvrir l’histoire du Rajasthan !
Je surnomme la première ville que nous visitons, Udaipur, la fière. Pourquoi ? Car tous ses habitants sont fiers de dire que la ville n’a JAMAIS été conquise, que ce soit par les Moghols, ou encore par les britanniques ! C’est un royaume qui s’est battu sans relâche pour conserver son indépendance.
Pour apprécier un peu l’histoire de la ville d’Udaipur, nous nous sommes rendus au City Palace, un palais plein d’histoire, dont la construction a été entamée par le fondateur de la ville Udai Singh II. (« Udai » + « Pur » = la ville d’Udai, cela fait sens, n’est-ce pas ?). Ce roi a choisi le soleil comme emblème et est donc appelé le roi soleil… un peu avant qu’un autre roi que nous connaissons mieux ne possède le même surnom, à quelques milliers de kilomètres de là. Le soleil est le symbole du dieu Râma, un avatar du dieu Vishnou, dont le Mâhârana d’Udaipur serait le descendant.
Aujourd’hui, le City Palace se visite partiellement pour ce qui est de la partie musée, le reste du palais étant la résidence principale du roi actuel du Mewar, mais aussi un hôtel qui constitue une partie des revenus du roi, complétée par ses chevaux et son club de polo.
Nous prenons un guide, qui nous décrira à sa manière, ce qu’il y a à connaître du château d’Udaipur, mais aussi de la vie et de la culture indienne en général !
Udaipur est située dans la région du Mewar, et n’est pas sa capitale d’origine ! Historiquement, elle est la troisième capitale, après Nagda (à 21km d’Udaipur) et Chittorgarh (à 120km). Le royaume du Mewar fut un royaume puissant, dominant des terres allant jusqu’à Kandahar en Afghanistan, au VIIIème siècle ! Ce royaume a été gouverné par la même famille depuis le VIème siècle (566 A.D.)!
Udaipur devient la capitale du Mewar en 1559, lorsque le royaume perdit la forteresse de Chittorgarh face aux Moghols. Le choix de la nouvelle capitale a sa propre légende : le roi du Mewar était allé prier le dieu Shiva, à une vingtaine de kilomètres d’Udaipur, dans un lieu saint tenu par des sādhus, des saints hommes, qui vivent dans le dénuement le plus total, afin de se consacrer à l’objectif le plus important de l’hindouisme : l’arrêt des cycles de réincarnation. Une fois les rites faits, le roi décida de rester deux jours de plus. Un matin, alors qu’il était parti à la chasse sur son destrier, il tua un lapin. Il descendit de son cheval pour le ramasser et lorsqu’il se releva et leva la tête, il vit une fumée qui montait dans le ciel. Il sut alors qu’il avait tué un être vivant dans une enceinte sacrée, et qu’il avait donc commis un impair. Il se rendit alors auprès des sādhus pour recevoir la sentence liée à sa faute. Il leur dit : « Je ne savais pas que votre territoire s’étendait jusqu’ici, et j’y ai tué un animal ». Le sādhu lui ordonna alors : « Ta punition est de déménager ta capitale actuelle à Udaipur, et d’y construire un palais ».
De façon moins légendaire, il semble qu’après avoir perdu Chittorgarh face aux Moghols, le roi décida de trouver un nouveau lieu pour sa capitale, un lieu protégé par des collines, et facile à fortifier. L’emplacement d’Udaipur correspond à cette volonté. La construction du palais débuta le 6 mars 1558. Les mahârânas qui se succédèrent (en tout 28), ajoutèrent tous quelque chose au palais, si bien qu’aujourd’hui, il est le plus grand de tout le Rajasthan !

Lake Palace à gauche (Hôtel), City Palace à droite
Passons maintenant à la visite proprement dite du palais !
Nous sommes dans une grande cour, du haut de laquelle nous pouvons voir les écuries, à la fois pour les chevaux, mais aussi pour les éléphants ! Pour faciliter la montée sur ces deux montures, nous voyons des sortes d’escaliers qui forment des plateformes à hauteur de cheval ou d’éléphants : il n’y plus qu’à grimper !

Écurie 
Place de parking pour éléphant 
Le City Palace et sa longue plateforme pour monter sur les éléphants
La cour était principalement utilisée pour célébrer les fêtes avec le peuple. C’est aussi le lieu où se passaient les combats d’éléphants ! Enfin, combats d’éléphants, ne vous imaginez pas un débordement de violence ! Ici il s’agissait plutôt de voir lequel des deux éléphants était le plus puissant au jeu de tir à la corde : un mur sépare deux éléphants qui doivent chacun tirer sur une corde le plus fort possible. Le premier qui entraîne l’autre jusqu’à ce qu’il touche le mur a gagné. Le dernier « combat d’éléphants » de ce genre a eu lieu en 1951.
Nous entrons ensuite dans la structure du palais et passons en premier lieu devant deux petits temples consacrés à Ganesh et à Laxmi, pour la chance et la bénédiction des dieux. Dans l’étroit escalier où se trouve les deux autels, c’est amusant de voir que de la céramique japonaise est incorporée aux murs, ce qui montrent l’influence et la richesse du royaume mewari.
Nous débouchons ensuite sur la cour royale, qui servait notamment aux audiences privées, par exemple pour rendre des décisions, mais aussi pour recevoir les invités venus célébrer un mariage ou la naissance d’un enfant, ou encore un couronnement.
C’est l’occasion pour notre guide de partir sur une petite digression à propos de la culture indienne et de l’importance attribuée à la consultation des astres : lorsqu’un enfant naît, son prénom n’est pas choisi au hasard, mais en consultant l’horoscope et les lettres qui ressortent en fonction de la position des planètes. De la même manière, pour les mariages (qui sont arrangés), l’horoscope est également consulté afin de s’assurer que les futurs mariés ont assez des points communs (astrologiques). Le futur marié doit avoir au moins 36 points communs avec sa future épouse, et la future mariée doit avoir au moins 28 points communs avec son futur époux, la femme ayant, d’après le guide, une meilleure adaptabilité aux besoins de son mari.
L’horoscope est lié au dieu Shiva, dieu de l’amour et de la mort, qui est prié à travers son Ingham (symbole) pour le mariage, pour la fécondité, pour la longévité. Le guide nous explique que ce sont surtout les femmes qui prient, et notamment pour la longévité de leur mari, car à son décès, la tradition du deuil veut que les femmes ne portent plus de bijoux, de saris rouges, ou tout cadeau offert à leur mariage. Autrement dit, quitte à partir, autant avant lui pour partir avec classe !
Les événements de la vie (mariage, décès, naissance) ont donc chacun leurs rituels qui s’accomplissent selon les croyances hindoues ! Dans la cour royale, à l’occasion des naissances ou des décès de rois, un emplacement dédié (un grand bassin) était rempli de 100000 pièces qui étaient partagées entre les temples de la ville pour leur entretien, et les pauvres du royaume. Le guide plaisante en disant que ces deux occasions sont une « taxe » que le roi paie à son peuple, alors que c’est usuellement l’inverse. Certes, mais il ne le paie que deux fois dans sa vie : à la naissance du futur roi et à la mort de l’ancien ! La dernière fois que cela s’est passé, c’était en 1930 !
Sur ces bonnes paroles, nous nous approchons d’une salle dans laquelle le guide attire notre attention sur un cheval qui porte un long morceau de tissu sur le museau : c’est une fausse trompe d’éléphant ! Dans les guerres contre les Moghols, c’était un leurre afin de décontenancer les éléphants des ennemis. Les musulmans étaient souvent à dos d’éléphants pendant la guerre, animaux qui étaient légèrement plus forts et violents que des chevaux. Le port de la trompe permettait de leurrer les éléphants, qui pensaient avoir affaire à un de leurs petits, et n’osaient ainsi pas les attaquer !
Ce genre d’astuce montre à quelle point la guerre était omniprésente à Udaipur. Et cela ce voit jusque dans l’architecture.
Ainsi, le palais est fait de petites portes et de couloirs, ce qui empêchait une armée de prendre facilement possession du palais. Si un soldat ennemi voulait passer une porte, il était obligé de se courber. Alors il était aisé de lui trancher la tête avec un sabre.
Les guerres tournaient autour de la protection du territoire, mais également de la protection des femmes. Nous est ainsi racontée l’histoire de 13000 femmes courageuses de Chittorghar menée par Rani Karnavati , qui se sont données la mort, la préférant plutôt que de tomber dans les mains des envahisseurs : c’est ce qui est nommé le Jauhar. De manière plus générale, les princesse du Mewar ont toujours préféré donner leur vie, plutôt que d’épouser un roi musulman, l’honneur voulant que le pays reste indépendant. Ce serait, toujours, pour protéger les femmes que le sari avec voile aurait été adopté.
Après ces quelques anecdotes, nous arrivons au sommet du palais. Là, notre guide nous pose une colle : ce que nous voyons ici, c’est un jardin, dans lequel des arbres poussent ! Mais pourtant, nous n’avons fait que monter, et sommes quasiment au point le plus haut du palais, alors comment est-ce possible ? Nous émettons plusieurs hypothèses : de la terre a été amenée jusqu’au dernier étage peut-être ? Eh bien non ! C’est simplement que le palais a été construit tout autour d’une colline, et le sommet de la butte se trouve ici. La terre n’a pas été importée, elle était déjà présente, ce qui permet l’existence d’un vrai petit jardin !
Cette partie du palais est particulièrement exploitée deux fois par an :
La première fête célébrée ici se déroule en janvier-février : ce sont les nuits de Shiva qui rappellent l’origine du premier mariage dans la religion hindoue : celui de Shiva et Shati, qui fusionne à nouveau. Shiva est très important au Mewar : les rois du Mewar sont les gardiens du trône de Shiva. Ils ne s’asseyent donc pas sur ce trône, mais à ses côtés.

La seconde fête célébrée est la fête des couleurs : Holi
C’est dans une salle adjacente qu’est exposé un siège dont Udaipur tire une fierté toute particulière : en 1911, le roi George V était venu en Inde et avait convié tous les souverains à Delhi (Darbar). Un siège spécial était attribué à chaque souverain, en fonction de son statut. Le Mâhârana d’Udaipur, Fateh Singh, défia l’invitation, et ne participa pas à la réunion ! Mais ils ont quand même récupéré un siège, symbole de leur résistance !
Après ce surprenant jardin en hauteur, nous découvrons maintenant des salles où de nombreuses miniatures sont exposées. C’est la représentation très fine de scènes réelles ou mythologiques sur des toiles de coton. Le guide nous montre à quel point le tracé est fin : jusqu’aux poils de barbes ! Plusieurs scènes sont représentées : du roi attentif à la lecture des livres sacrées faites par un sage, à la scène de chasse à propos de laquelle la question du guide est : « combien y a-t-il d’ours sur cette miniature ? » Nous cherchons le piège, mais n’en voyons pas, alors répondons le plus sereinement du monde : « Cinq ! » Eh bien non, il s’agissait d’un même ours, représenté dans différentes situations, un peu à la manière d’une BD.
Une autre miniature sur laquelle est attirée notre attention raconte l’histoire d’une princesse prise en étau entre deux propositions de mariage : celle du prince de Jaipur et celle du prince de Jodhpur. La situation est terrible, car les deux processions avec le prince de chacun des deux royaumes arrivent en même temps. Or, l’alliance choisie décide de l’ennemi que l’on se fait (par exemple, si c’est un mariage avec le prince de Jodhpur, alors le royaume de Jaipur devient ennemi). Confrontée à ce choix terrible, et ne voulant pas être à l’origine d’une guerre (qui n’aurait manqué de survenir), la princesse se serait donnée la mort. (Selon la légende, car en réalité, l’histoire serait bien plus sordide, et c’est son père le roi qui aurait commis le meurtre, pour rester en bons termes avec ses voisins… La princesse aurait jeté alors une malédiction empêchant les futurs souverains d’avoir un fils en héritier direct…Charmant !)
La suite de la visite nous permet de comprendre comment le royaume du Mewar a finalement été intégré à l’Inde. C’est vrai que ce peuple était tellement fier de son indépendance, il est légitime de se demander comment ils ont pu accepter de faire partie d’un pays… Alors que s’est-il passé ? Après la fin de la colonisation britannique, Nehru a proposé à tous les souverains de l’Inde de se joindre à la démocratie indienne. Cela impliquait que tous perdent leurs titres et les avantages liés à ce titre (s’ils acceptaient, ils allaient donc devoir se trouver des sources de revenus, et ne pourraient plus compter sur les impôts de leur peuple). Personne ne s’attendait à ce que le royaume d’Udaipur acceptent la proposition. Et pourtant… Le dernier vrai roi était malade des reins, et donc paralysé. Il était donc incapable d’avoir une descendance et ne pouvait compter que sur un héritier adopté. Mais comment être sûr que l’enfant adopté serait digne de la gouvernance du Mewar ? Alors la proposition de rejoindre l’Inde tomba à point nommé. Il prit tout de même deux jours pour réfléchir puis signa le contrat avec l’Inde en 1948 pour faire partie de ce pays. Il fut ainsi, un des premiers souverains à accepter la proposition. Il n’imposa qu’une condition : attendre que le dernier roi du Mewar (lui-même donc) meurt pour que la région fasse partie de l’Inde. En 1955, le Mewar est intégré à l’Inde, dans la grande région du Rajasthan.
La décision rapide du roi lui permet de négocier de nombreux aspects, et notamment le taux de change des roupies du Mewar vers les roupies indiennes : une roupie du Mewar valait ainsi cinq roupies indiennes, ce qui permit à la région de garder une certaine richesse.

C’est sur cette histoire récente de la famille royale du Mewar que je termine cet article.
Nous avons vu d’autres pièces magnifiques, témoins de la richesse de ce palais, et je vous laisse en découvrir quelques photos !
























